Gourette, Rognon de Ger Oscaby- Lamamière

Rognon de gerVoici une face nord qui donne franchement à l’est : À onze heures du matin, on a l’assurance d’attaquer en plein cagnard. On n’avait qu’à se lever plus tôt, merci du conseil.

On attaque en direction d’un gros surplomb jaune très caractéristique, une boursouflure de la roche à 100m du névé. Grimper en appuyant à gauche: rochers fissurés, puis dalle compacte en IV sup, puis dalle facile, et on peut relayer sous le surplomb, qui prodigue enfin de l’ombre. Une petite dalle suspendue à droite permet de franchir la zone partout ailleurs impraticable. Joli passage (Vsup, deux pitons en place), très sain, après quoi on remonte des cheminées caillouteuses jusqu’en haut. Belle vue sur l’Amoulat depuis la brèche. 

Dsup 2 à 3h. d’escalade, coinceurs et friends, on peut emmener deux pitons. Prendre des photos au niveau du surplomb, car après on dirait les pierriers de la Peña Montañesa. 

IMG_20160814_105351IMG_20160814_135906 IMG_20160814_130401  



Puymorens, Pico de la Valleta, dièdre nord.

Pico de la ValletaIl fallait retrouver mon frère pas trop loin de son bateau à voiles, alors le Pico de la Valleta nous a paru être le seul bout de caillou identifiable à peu près à mi-chemin des 4 vallées et de la Méditerrannée. On a eu besoin de consulter une carte pour savoir où garer la voiture, et on est allés camper dans le brouillard. J’étais plutôt intéressé par l’éperon, mais les copains m’ont déclaré aimer les dièdres, alors alla pour le dièdre.

Il n’y a pas grand chose à dire: le motif est très évident en l’absence de brouillard givrant, on attaque un peu à droite de la base et on grimpe directement dedans. La première longueur propose un court dièdre lisse : « Quand le serpent est vieux, disait une iranienne de mes amies, la grenouille l’encule! » Je ne sais pas pourquoi, je suis pas parvenu à m’élever dans ce petit dièdre, j’avais froid, c’était poisseux, bref: je suis tombé sur une grenouille et j’ai fait un crochet à droite.

Au-dessus, ça a filé droit vers le ciel. Le rocher est très bon. Assurage sur coinceurs et friends. Le marin avait fier allure, il ne s’est même pas hissé sur les drisses. Le crux est une cheminée verticale où on se souviendra avec profit des possibilités qu’offre l’opposition. On croise un grand nombre de pitons, dont plus de la moitié semblent plantés dans de drôles de directions. Dsup, 3h30 d’escalade à l’ombre. 

On descend par un couloir entre le pico de la Valleta et la pointe de la Vignole. Trop cons ou trop mal habitués, on n’est pas parvenus à identifier l’éperon nord de la pointe de la Vignole parmi une poignée de pointements sans grand caractère, et on est descendus se baigner dans un petit lac. 

Pico de la valleta sortie

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Marcadau, Pic Falisse, éperon Nord-est

Pic FalisseJe suis un spécialiste du Pic Falisse: en 1996, j’ai remonté seul et en tennis la paroi qui est à gauche de cet éperon. Je me souvenais bien de l’arête ornée de petits clochers qui unissait la pointe où aboutit cette paroi au sommet lui-même. Je ne pensais pas repasser par là vingt ans plus tard! Il a fallu l’attrait d’une voie Ravier et un mensonge pieux de Passages Pyrénéens (« belle voie en excellent granit… »).

Erwan s’est mis à marmonner dans la deuxième longueur. Il serait redescendu! J’ai développé au niveau du gendarme une théorie inconnue pour moi cent mètres plus bas: grimper dans un rocher très délité, c’est comme résoudre des mots croisés ou des sudokus: on essaye patiemment toutes les solutions qui s’offrent jusqu’à trouver la bonne. Comme je ne pars pas en vacances avec Télé7 jeux mais avec un breton et un jeu de coinceurs, j’ai passé un très bon moment sur cet éperon qui favorise le mutisme et les opérations algébriques autour de trois points d’appui Mystère à découvrir à chaque pas.

Deux solutions s’offraient en bas, à gauche ou à droite d’un renfoncement noir. J’ai pris sur le petit éperon de droite, plus raide mais plus court que celui de gauche. On arrive en deux longueurs au gendarme. Au-dessus du gendarme, le fil de l’éperon me paraissant mauvais, j’ai choisi de gravir juste à droite une cheminée de schiste rouge verticale (V) mais solide, dont on sort à gauche. Ensuite, sur le fil jusqu’au sommet de l’éperon, puis l’arête aux clochetons jusqu’au Pic Falisse.

D. IV et V pour les 150 premiers mètres, puis III et IIIsup. (2h-2h30). Puis traversée d’arête en schistes variés (45mn). On a mis 3 heures en tout, sans pause casse-croûte parce que le ciel prenait une drôle de couleur crémeuse. Je ne me souviens pas avoir vu de matériel en place, hormis une sangle de rappel dans le bas. On a fait la voie sans pitons, mais avec un jeu de coinceurs et friends. 

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Tarija et Pequeño Alpamayo

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Cerro Tarija, pequeño alpamayo

Cerro Tarija, pequeño alpamayo

IMG_20150818_085936 IMG_20150818_085923 IMG_20150818_085918 IMG_20150818_085219 IMG_20150818_070247 IMG_20150817_174341Fin du séjour bolivien: après trois jours sous la neige à Carmen Pampa et quatre jours de promenades à Copacabana, on décide de refaire un tour en montagne avant de reprendre l’avion, et je cède aux instances d’Erwan qui a l’obsession d’aller au Pequeño Alpamayo. On se gare à Tuni, on prend nos gros sacs et on monte en plein vent dans un paysage déneigé au nord et tout blanc au sud. On découvre après deux heures de marche un camp de base d’expéditions: du matos flambant neuf, des porteurs, mulets, guides, cuisiniers. Chemins tracés dans la neige, mais on est parvenus à ne pas trouver cette trace dans la nuit entre la tente et le glacier.

L’ascension consiste à remonter le glacier du Cerro Tarija dans un froid polaire, j’ai trouvé ça très beau. Du sommet du Tarija, on descend une courte arête rocheuse pour remonter celle neigeuse du Pequeño Alpamayo. Pas de difficulté particulière, mais il ne faut pas tomber car c’est assez raide et un gros pot ouvre sa grosse gueule à stalactites en contrebas, versant ouest. Beaux effets de brume. Le client indonésien d’un guide qui s’est arrêté au Tarija pour prendre des photos nous a pris pour quelque chose comme Terray et Lachenal parce qu’on a torché cette partie un peu technique à grands pas, que j’étais de mauvaise humeur et que notre anglais était sommaire. 

On a encore mangé une boîte de thon, du pain dur, des mandarines louches et des bananes gelées. Une fois n’est pas coutume, Erwan avait sur lui de quoi prendre des photos. Le Pequeño Alpamayo forme une toute petite bosse derrière le Tarija, et cette ascension très fréquentée n’est pas vraiment logique. Il me semble qu’il ne serait pas prudent de se suivre à trois ou quatre cordées sur l’arête de neige finale. Le paysage environnant est très beau, notamment le Pico Huallamina ou Wyoming, qui est plus haut que le Tarija, à l’ouest. Le Condoriri magnifique bien sûr. Tout ce mois passé en Bolivie aura été l’occasion de quelques insolations, trois ou quatre opérations de terrassement autour de la voiture, quelques ascensions divines et plusieurs repérages excitants, très excitants.



Nigruni, versant sud ouest.

 Cordillera real nigruniDans un virage de la piste qui franchit le verrou entre le deuxième et le troisième lac dont le nom doit me revenir, j’ai eu la vue happée par un joli glacier dans une ombre bleutée. Des nuages de fin d’après-midi rosissaient comme des joues de jeune fille dans un roman bien-pensant du siècle des Lumières. Erwan s’est saisi de la carte et m’a donné le nom: Cerro Nigruni. J’ai serré le frein à main et on a spéculé sur nos chances d’atteindre le front du glacier. Nos yeux de coureurs des pentes aragonaises ont envisagé ceci : remonter une moraine jaune, et traverser dans une falaise noire des stratifications horizontales qui pourraient bien former des vires. Donc le lendemain du Janckho Huyo, on s’est levés à l’heure inchangée de 3h30 pour manger notre bouillie inchangée de flocons de quinoa et nos deux bananes gelées respectives du petit déjeuner andin.

Il faudrait camper au fond du deuxième lac, dans l’herbe d’un beau plateau, ou bien au pied des moraines jaunes, sur quelques terrains plats qu’on déniche asez facilement. Nous on est partis du déversoir du troisième lac, et on a mis quelques minutes à découvrir qu’il fallait descendre rive droite du torrent (et pas gauche) pour rejoindre le plateau herbeux en contrebas. Il faut ensuite remonter une pente d’herbe mêlée de cailloux assez désagréable jusqu’à la moraine jaune qu’on remonte sur le fil. Quand ce fil est horizontal, il y a une cinquantaine de mètres où l’équilibre matinal est mis à l’épreuve. La moraine rejoint une pente d’éboulis gris issus des crêtes supérieures: traverser ces éboulis (ou névés gelés, pour nous) vers la droite. On rejoint une vire ascendante que nous avons cairnée! Il s’agit de la retrouver à la descente..

Après la vire, on atteint le glacier. Il est large et tend à se séparer en deux branches. On est montés par celle de gauche pour se protéger du vent et descendus par celle de droite pour varier les plaisirs. Beau sommet, d’où l’on découvre le gros éperon nord ou nord-ouest du Condoriri. On admire aussi un très beau petit sommet chargé de glaces et environné d’aiguilles. Solitude assurée en ce point. Course PD, randonnée glaciaire.

On avait senti au milieu de la nuit que quelque chose changeait. On ne possédait pas de modèle théorique de la climatologie locale, mais on a détecté en soirée un degré inhabituel d’hygrométrie dans l’air et dans la nuit une humeur bizarre dans la brise de vallée. En laçant nos chaussures on s’attendait à quelque chose. En remontant vers la moraine on n’a pas été trop étonnés de recevoir une petite averse de grésil. Au lever du jour il paraissait normal de voir un ciel de Posets orageuses autour de nous. Etc. On est montés et descendus, mais c’était le commencement de ce qui n’était pas arrivé depuis dix ans: il a fait mauvais pendant une semaine.

La suite des vacances a pris une allure de gestion de l’échec: on a passé deux jours sous la pluie à la Paz, puis campé trois jours sous des chutes de neige lourde au-dessus de Carmen Pampa, au pied de la face ouest de la Huayna Potosí. Là, notre surprise a été grande en revenant à l’auto de découvrir nos pneus dégonflés et la région enneigée jusqu’à El Alto. Pour les pneus, il a fallu négocier avec des naufrageurs portant une hache sur l’épaule à 4500m d’altitude, dans un monde recouvert de 45 cm de neige. Pour le reste, on a choisi d’attendre que ça déneige et transforme un peu avant de remonter quelque part, et on est allés faire ça sur la presqu’île de Copacabana, qui sent si bon.



Jankho Huyo, traversée.

Cordillera real, janq'u UyuVoici un toponyme à la Tintin, avec une altitude de 5512m. On le trouve écrit aussi Janq’u Uyu. Il faut maintenant que je retrouve le nom de la vallée aux trois grands lacs qui permet d’y accéder. Piste interminable mais qui ne fait pas trop peur pour une fois, depuis le village de Peñas. C’est le livre d’Anne Bialek consacré à la Cordillère Royale qui nous a proposé la course. Je vais tout de suite dire du mal de ce livre  afin de ne plus avoir à y revenir: il ne s’agit pas d’un topo-guide à proprement parler, mais d’une brochure publicitaire pour une agence de guides de la Paz. Le point de vue des textes est celui de la meilleure cliente de cette agence, qui s’est fait emmener un peu partout. Ce point de vue ignore la différence entre difficulté et exposition. Il ne permet pas de décrire un cheminement en paroi. Les descriptions du Guide de la Cordillère Royale sont souvent vagues et parfois ininterprétables: par exemple on ne parvient jamais à savoir si tel ou tel aspect de l’itinéraire est un choix de promenade ou une nécessité imposée par le terrain. Le lecteur de terrainspyrénéens sait bien qu’il existe toujours plusieurs possibilités de gravir quelque chose et d’en redescendre, et que celles que je détaille ne sont pas exclusives d’autres qui sont mieux ou moins bien connues. Ce livre contient de belles photos, qui sont restées avec le texte dans une poubelle de l’hôtel Melody à la Paz le 19 août dernier: avis aux collectionneurs!

Donc, la traversée est annoncée en AD, avec une grosse corniche au sommet et quelques passages rocheux. On a campé au-dessus du troisième lac. Départ vers 4h15, et plutôt que de monter jusqu’au col du fond de vallée on s’est engagés dans le ravin issu du glacier sud-est de notre sommet. Un peu de gel brillait là sous la lune, et on s’est retrouvés à tirer une longueur sur une glace très dure. Ce n’était pas très difficile, et c’est sans doute plus court et plus amusant que de passer par le col du fond de vallée. On a aussitôt après mis le pied sur le glacier, sur lequel on randonne sans heurt jusqu’au sommet. La corniche sommitale est vraiment très belle, et l’arête un peu technique bien visible au nord-ouest. Cette arête à peu près horizontale présente quelques passages de neige raide et une centaine de mètres de rocher peu difficile (jouer sur des gros blocs en bon granite, on sait faire). Après les derniers cailloux, on traverse encore une bosse blanche avant de rejoindre un col. On est redescendus de là, assez directement dans le glacier vers le sud: terrain assez crevassé, avec un noeud chaotique, qu’on avait repéré depuis le haut. Puis glacier plat vers le sud-est. Le vallon ramène vers le troisième lac.

Deux broches à glace utiles pour le torrent gelé avant l’aube, puis deux anneaux de sangle sur le rocher. Un piolet chacun.

Le paysage est splendide, et la vue sur un sommet peu éloigné au nord est excitante. Ce sommet présente une face sud rococo, avec éperons, arêtes, couloirs et quelques chutes de pierres.  

 



Parinacota, comme pas prévu.

parinacota bolivieUn tour au Pomerape faisait partie des menaces émises par Erwan après sa visite au Parinacota en 2014, alors on est partis faire un tour en auto vers le col qui sépare ces deux volcans. On avait prévu des gros sacs, avec une corde et de la flotte et des habits chauds, et un sachet de haricots verts, dont la couleur commençait à me sembler exotique après une semaine dans ce monde sans arbres ni buissons.  

Manque de chance, la petite auto s’est ensablée dans le premier tas de cendres qui s’est présenté à nous, et on a bataillé un un bon moment pour faire demi-tour et revenir en arrière. Très utiles les piolets en 4×4. On a essayé par une autre branche de la piste, et là impossible de franchir la côte. Il faut dire que le Jimny est un véhicule à 4 roues motrices dont le moteur est conçu par un fabricant de solex. 

Refaire les routes ça creuse, alors le temps qu’on mange et qu’on refasse les sacs, il était l’heure de monter en courant vers le col si on voulait monter quelque part plus haut le lendemain. On a abandonné la corde et le petit matériel, et en avant Guingamp! Pénible avalage de kilomètres avec le soleil dans les yeux. Il s’est mis à faire nuit quand on arrivait au panneau du parc, au bout de la piste (mais des traces de gros pick-up à pneus larges poursuivent dans le sable jusqu’à un refuge situé je crois à 5200m). Silence magique des pas dans le sable, avant l’apparition de la lune. J’ai posé la tente un peu au-dessus de 5000m, et j’ai équeuté mes haricots verts. Il faisait tellement froid que je ne savais pas si dans l’obscurité je sectionnais des bouts de haricots ou de doigts, de mes doigts à moi, à petits coups de canif. Erwan est apparu pour la soupe dans un mutisme poussiéreux, et on a dormi comme des crottes de chat dans la litière volcanique. 

On avait donc choisi, au milieu de nos malheurs, d’abandonner la face sud du Pomerape, pour se contenter de la grosse tétine du Parinacota: bonne idée, car au lever du soleil quand j’ai vu la physionomie de la face sud du Pomerape il m’a semblé que ce n’est pas une ascension qui s’improvise tout à fait. Mais j’ai beaucoup aimé cette physionomie. On a fait une bonne équipe ce jour-là: moi malade du fromage de Sajama jusqu’à l’aube, lui égaré dans l’obscurité, puis moi requinqué au lever du soleil et lui essouflé. On s’est séparés au milieu d’un tas de pierres, et je suis parti avec la consigne de mettre le pied sur la neige le plus tard possible. Excellent conseil. Car la neige, la coupole immaculée du Parinacota, était en ce dernier jour de juillet un éprouvant karst de pénitents mal foutus. C’est au prix d’une gesticulation absurde et éreintante qu’on clapotait en direction du haut. Au bout de huit mètres je me suis senti aussi loin du bas du névé que du bord du cratère. C’était vraiment pas les vacances ça, et j’ai fait provision d’humeur massacrante pour une existence de nonagénaire. J’ai enrhumé un groupe (deux guides, trois clients) dont les lumières nous guignaient dans la nuit quelques heures plus tôt.

Sommet, 6300 mètres de haut paraît-il. Énorme cratère dont il faut faire un quart de tour. À la descente j’ai eu la surprise de découvrir que mon Erwan était 100m sous le sommet, en train de dépasser nos camarades galériens du jour. Je suis remonté avec lui, bavardant gaiement, tout à fait réconcilié avec le pénitentier du Parinacota. Puis, quinze mètres sous la lèvre du cratère, il a dit tout d’un coup: « allez, on descend, moi je connais déjà! ». Consternation du guide le plus proche. Deuxième consternation quand au lieu de descendre par où on était montés Erwan m’a tiré par la manche vers des belles plaques de névé lisse et gelé, un peu au nord-est. Troisième consternation quand après une petite ramasse Erwan s’est assis dans la neige et a sorti les crampons de son sac: « quoi? ça fait trois heures qu’il est ici sans crampons ton copain? » 

C’est ainsi. L’homme qui est arrivé 30m. sous le sommet du Mont Perdu pieds nus et 50m sous celui du Parinacota avec des semelles de caoutchouc a mis ses crampons et nous a trouvé une belle descente sans pénitents, dans des pentes prononcées et lisses, qui nous ont menés à un petit ravin où le terrain reprenait de la rugosité. Vers 5400m on a repris contact avec du pierrier: « Ça au moins je connais » j’ai dit. Pas tout à fait: ce pierrier assez sableux était le plus meuble, homogène et facile que j’aie jamais vu, un pierrier de Jeux Olympiques (comparable à la veine de sable du volcan Paricutín, au Mexique), et il est la raison pour laquelle on ne doit pas entreprendre de monter par là où on est descendus. Donc: montée par un épaulement au nord du sommet, et descente au NNE en ligne droite du cratère au refuge (qui n’est pas tout à fait bien placé sur mon croquis).

Le guide a eu droit à une quatrième consternation dans sa journée: un peu avant notre demi-tour subsommital je lui ai expliqué nos malheurs avec l’auto, et il m’a proposé, pour nous faire gagner du temps, de nous descendre en pick-up, on n’avait qu’à l’attendre au refuge. Il ne prévoyait pas qu’on descendrait à notre lieu de camp en courant, qu’on referait nos sacs comme des grimpeurs en maraude, qu’on trotterait jusqu’à notre auto et qu’on descendrait se baigner dans les eaux chaudes avant qu’il n’ait rejoint son refuge. On finissait de dîner à la meilleure table de Sajama quand on a vu ses phares briller dans les pampas sous le Parinacota. Le métier de guide sur les 6000 boliviens doit être fatigant à la longue.

Voici le seul délassement offert au pays où l’on ne marche pas en short: un agreste bassin alimenté par les sources chaudes de Sajama pampa, à la délicate  odeur d’oeuf pourri. Le bassin qu’on a fréquenté est 500 ou 600 m. en aval des bains aménagés. Introuvable, mais Erwan a décidé d’y prendre ses habitudes. Chaque soir: potage d’andiniste!

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Promenades autour de Sajama.

m7 m8On a commencé par bivouaquer contre un bloc près d’une laguna au nord de Sajama. Le premier jour, promenade vers un sommet quelconque à 5200m, facile pour moi qui avais fait deux ascensions de l’Orizaba au Mexique en juin. Moins facile pour le Lyonnais dont les poumons ont calé et qui a fait une petite insolation. 

Le deuxième jour, je suis donc allé seul en direction du magnifique Cerro Anallajchi, belle dent très austère au nord de Sajama. J’ai atteint une sorte de petit pic Maubic auprès de ce gros pic Long, à 5300m. Renseignements pris, il semble que personne n’aille jamais sur l’Anallajchi, qui n’atteint pas l’altitude fétichisée de 6000m. J’ai compris pendant ma promenade qu’il faut vaincre deux difficultés pour y aller: la distance à laquelle il se trouve des estancias de la région, et des complications rocheuses sur au moins trois de ses versants. Mais c’est une très belle montagne, qui se signale de très loin depuis la route qui mène au Chili. Un granite épatant y voisine avec du n’importe quoi volcanique et croulant. Je n’ai pas cherché à jouer sur les arêtes.

Le troisième jour, on a dormi.

Le quatrième jour, on est montés au-dessus du village de Sajama vers un sommet qui est à l’angle sud-ouest de l’énorme cône du Sajama. Très belle promenade. La vue sur le Sajama est spectaculaire, notamment sur le versant sud. Cerro Chucarero semble-t-il.



Le Condoriri de Sajama.

condoriri sajamaAu nord-ouest du village de Sajama, un beau massif porte le nom de Condoriri, et il était bien enneigé début août. On ne le confondra pas avec le Condoriri de la Cordillera real, qui est fameux. Une pente me piquait l’oeil depuis trois ou quatre jours qu’on faisait des balades dans le secteur pour s’acclimater (Erwan à l’altitude, moi au froid): orientée est- sud-est, assez haute, menant à un sommet estimé à 5800m, on a décidé qu’il était temps de sortir les crampons. On part du bout de la piste qui mène aux geysers, et un chemin très bien tracé mène aux lacs de Condoriri. Ces lacs étaient glacés, on voyait s’activer dans les trous d’eau des foulques semblables à ceux que l’on rencontre sur l’Erdre, c’est bien la peine de prendre des avions.

Camper au déversoir du deuxième lac. Remonter au mieux une moraine en direction de la facette (qui est à l’ombre le matin). Des névés et des plaques de verglas peuvent compliquer la marche dans les pierriers redressés. On remonte la facette au mieux, sur la gauche c’est un large couloir, sur la droite on navigue entre des rochers qui dépassent. Cette ascension ne présente d’intérêt que si c’est bien enneigé, car la face n’est pas glaciaire et elle redevient un tas de cailloux à la première occasion. On a eu la neige vers 5100m, et la facette est estimée à 400m de dénivellé, ADinf max.

On atteint un sommet d’où l’on découvre un bassin glaciaire (type Glacier d’ossoue), et une autre crête sommitale, parallèle à celle visible du village de Sajama, est garnie de petites aiguilles en face. C’est très joli, et au-delà un vaste désert (chilien) s’etend à perte de vue. On est redescendus par une arête vers le nord puis des pentes à l’est en jouant à glisser sur les névés.

On n’avait pas de montre, et on est partis un peu trop tôt: le jour s’est levé quand on était déjà à deux pas du sommet! Pendant tout le mois d’août, si je suis parvenu à m’habituer aux onglées aurorales, je n’ai pas réussi à les aimer.

 

 



La Bolivie en 2015. Le pic idéal.

On n’a pas tout à fait rien fait de notre été 2015. Le 20 juillet, je dormais paisiblement depuis deux heures dans une chambre de l’hôtel Torino, dans le centre de la Paz, quand un braillard au nez glacé s’est jeté sur mon lit pour me manifester son contentement: c’était Erwan, on venait d’arriver par des vols différents au pays de la Cordillère Royale, et ce n’était que le début d’un mois de convivialité avec la fraîcheur des petits matins andins. On a loué le plus petit 4×4 de la gamme, un Jimny qui s’ensable facilement et tressaute avec irritation sur les pistes, et on est partis vers Sajama. Au bout de dix jours de promenades, d’un ensablement au Pomerape et d’un plantage dans la boue du salar de Coipasa, on a réalisé une ascension idéale: un pic beau et un peu technique dans un massif inconnu, sans aucune information, sans rencontrer aucune trace de passage, et sans se faire mal. Voici d’abord un croquis fait en rentrant. 

 

 

cordillère de Quime, BolivieC’est dans la cordillère de Quime, au-dessus de la petite ville du même nom. J’avais vu des montagnes par le hublot entre Santa Cruz et la Paz, en 2011, et une recherche spéculative sur les écrans d’un cybercafé d’Oruro début août m’a mis sur la piste de ces pyrénées tropicales des premiers âges. Peu ou pas d’alpinisme dans ce massif qui est la propriété des mineurs d’étain. Leur humour est basé sur la manipulation de bâtons de dynamite. C’était la semaine de la fête nationale, et on s’est demandés si on finirait comme Belmondo à la fin de Pierrot le fou, ou comme ce pauvre taureau découpé vif au milieu d’un pré saisi par le gel dans le vallon qui nous menait au lieu de camp. On a fini par cacher la tente dans un recoin riche en eau sableuse, à deux cents mètres du front du glacier, loin de ces hommes valeureux qui étaient ivres morts pendant quatre jours. Le lendemain, remontée de ce glacier au petit bonheur la chance, choix de la branche de droite, petit col, traversée vers la droite au pied de murailles évocatrices du versant nord du Pic des Tempêtes, remontée d’un couloir, traversée versant sud, petit col, et ascension d’une belle facette de neige raide. Les lecteurs de ce blog savent déjà que je ne suis pas un bon grimpeur (Vsup-6a), il seront heureux d’apprendre que je n’avais pas le souvenir d’avoir jamais tiré sérieusement des longueurs sur l’élément blanc, ce qui les renseignera sur mon niveau en glace. Je ne possède qu’un piolet, dont la panne est plus usée que la pointe.

Au sommet, on découvre qu’on est sur l’un des principaux sommets d’un massif comparable à la maladetta en plus grand (20 km de long? 30?): longue crête granitique bordée de très beaux glaciers à droite et à gauche, avec cette caractéristique andine des corniches-sécracs posés sur les sommets. On est à 5500m sous un soleil étincelant, l’amazonie à droite et l’altiplano loin à gauche, des pics assez farouches dominent de très nombreux lac, gourgs, boums, laquets, mares, Il n’y a pas de papiers gras au sommet, pas de cairns, de sangles effilochées, de coinceurs coincés sur les rochers qui dépassent, et on ne sait le nom de rien. Personne nulle part. Se reporter au comte Henry Russel ici pour lire quelques pages lyriques sur la blancheur des neiges, la lumière des hautes altitudes, l’élévation de l’âme etc, etc. Voici le croquis d’un croquis de cette cordillère trouvé sur internet. On est montés vraisemblablement sur le deuxième sommet à l’ouest du Pic Pedro. Course AD (neige à 50 degrés(?) sur 200m.). m3

L’accès à ce genre de montagnes passe par 27 km de piste où l’on aimerait pouvoir mourir de peur une bonne fois pour toutes, et pas à chaque virage. Étonnamment, j’ai pris le volant à la descente et ça ne m’a plus rien fait.    

Voici un croquis de la marche d’approche depuis la Mina Argentina: m2C’est là toutes les informations que je puisse donner. Avec la meilleure volonté du monde, je ne sais rien de plus. Il n’existe à ma connaissance pas de cartes du massif. La jolie bolivienne portée sur le croquis n’y était déjà plus à la descente, et c’est bien dommage. Il n’y  pas d’alpinisme dans le massif, mais la présence des mines et de nombreux petits barrages hydroélectriques font que de nombreux chemins mènent d’un vallon à l’autre, d’un lac à l’autre. On lit sur internet qu’il y a des possibilités de randonnée, et ce n’est pas étonnant. Si je retourne en Bolivie un jour, je retourne dans la cordillère de Quime.

J’ai découvert ceci cet été, à quoi je ne m’attendais pas: au-delà d’une certaine altitude, le désir de me diriger vers la montagne d’en face, désir si constant dans les Pyrénées, disparaît complètement: il y a trop de soleil ou trop de froid, c’est trop fatigant, trop loin, je ne sais pas, mais le sentiment corporel est qu’on y montera éventuellement une autre fois, mais pas dans une heure, on verra bien demain.

Et encore ceci, que je savais déjà en partie: les montagnes plus hautes ne sont pas plus intéressantes. On n’est montés qu’une fois sur une bosse à plus de 6000 cet été, et pour diverses raisons on a renoncé à l’Illimani, mais une de ces raisons est que la voie normale de cette splendeur qu’est l’Illimani consiste à monter très haut sur un tas de cailloux, avant d’aborder le glacier. Il faut un camp intermédiaire, voire deux quand on a loué une auto trop faible.  On ne peut pas vraiment improviser l’itinéraire. Après l’ascension, il faut se reposer. Ce n’est donc pas moins intéressant de jouer plusieurs jours de suite sur des montagnes de 5500 -5900m, où on peut se comporter plus librement: à vue de nez, sans voir personne, en campant à droite et à gauche. J’ai trouvé les glaciers boliviens très sains: lents, silencieux, très proprement crevassés, bien bombés, franchement délimités par rapports aux névés, aux moraines etc. Ça gèle bien fort la nuit, et quand on a compris de quel côté se forment les pénitents on a la belle vie. Le sort a fait qu’on n’a compris que le 19 août, la veille de reprendre l’avion, comment s’y prennent normalement les ascensionnistes dans les Andes: très grosses autos, porteurs, guides, cuisinier. C’est une façon comme une autre, mais sans faire du voyage organisé et sans renoncer à sa paresse naturelle on pourra rencontrer quelques journées idéales sur les plus belles montagnes du monde, sans toujours connaître leurs noms, comme ici.

 

 



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