Taillante de Maleshores

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Il faisait beau, mais Jean-Christophe a déprimé, alors on s’est échappés par le versant ouest de ce qui devait être la dernière grosse brèche, au pied d’un ressaut qui avait enfin l’air d’un granite à grimpeurs. Le topo de Passage Pyrénéens, qui a le mérite de signaler l’existence de cette assez longue arête, décrit en fait seulement le cheminement du premier ressaut (qu’il serait possible d’éviter par le versant est). Je crois me souvenir qu’il y est fait mention d’un pin, mais cet arbrisseau est tout sec, et peu visible d’en bas.

Passé le premier ressaut (deux longueurs), on remonte une arête végétative et débonnaire un long moment, puis ça devient effilé, avec gendarmes, taillantes, cheminées etc. Un ressaut triangulaire en rocher blanc plutôt compact se franchit en suivant une vire vers la gauche; puis on gravit quelques mètres une fissure pas franche qu’on abandonne pour un dièdre vers la gauche. En dehors de ce passage délicat (exposé), pas de problème particulier jusqu’à cette brèche où on a désescaladé vers la droite pour descendre nous baigner dans une brume glaciale. L’après-midi a enfanté un fort bel orage.

J’y retournerai un jour? Un seul brin de 50m, quelques coinceurs et friends, j’ai mis les chaussons au début et dans le crux en granite blanc.



Vignemale, face nord classique

vignemale, face nord classiqueJe viens de me souvenir d’une conversation amusante que j’ai eue avec Erwan le jour où on gravissait l’éperon nord de l’aiguille des Glaciers: on ne s’était pas levés trop tard ce jour-là, mais quand on a commencé à marcher, on a pu s’intéresser à l’existence de deux petits points noirs qui se promenaient déjà sur la moraine en direction de la face nord classique. Le temps qu’on négocie une petite barre rocheuse en marbre poli, et les points avaient disparu! Quelques instants plus tard, pendant que je grimpais la première longueur, j’ai entendu des clameurs qui provenaient du glacier de Gaube, vers lequel j’ai tourné plusieurs fois la tête, mais sans rien voir. Une longueur plus haut, je me suis diverti en observant les évolutions de deux grimpeurs sans crampons ni piolets dans la rimaye de la face nord, vraiment bien divertissantes parce que la neige avait bien gelé ce matin-là. Erwan, qui s’occupe généralement de tout ce qu’on veut en montagne, sauf de lever la tête vers le grimpeur chargé de trouver un relais en bout de corde, s’est fait un plaisir de me détailler, en me rejoignant, les aventures de cette cordée qui venait de progresser sous le glacier pour reparaître dans la rimaye du côté de l’attaque de l’éperon nord. Notre conversation amusante a eu pour sujet l’existence d’une nouvelle discipline alpinistique, qui consisterait à remonter les glaciers par-dessous, et la nécessité où l’on se trouvait, dans un monde en perpétuel changement, de s’abonner à des magazines spécialisés pour ne pas tomber des nues comme on était en train de le faire à la découverte des nouveaux comportements en vogue.

La présence d’un tunnel sous le glacier – et son utilisation – m’ont été confirmées par un grimpeur très sérieux cet été, donc je la mentionne. Malheureusement, ce tunnel ne mène pas (pas encore…) au filon d’ophite de l’attaque de la face nord classique, et emporter une paire de crampons pour l’approche reste une bonne option: car suivre une rimaye gelée sur plus de cent mètres par des mouvements d’opposition de bon matin, c’est amusant, mais c’est un coup à se couvrir de bleus et d’éraflures, et si on a prévu de faire le beau sur les côtes landaises en fin d’après-midi, la chose présente des inconvénients.

J’ai gravi deux fois la face nord de la Pique Longue. La première fois, en 2001, avec Erwan, on a réalisé l’enchaînement suivant: 1er jour: dièdre nord de la Forcanada. 2ème jour: liaison en voiture, montée à Gaube. 3ème jour: éperon Nord-ouest de la Pointe Chausenque. 4ème jour: face nord de la Pique Longue. Pourquoi une telle rage? On venait de découvrir sur la Castagné-Vergez qu’il nous était possible de gravir des longueurs de V et de sortir victorieux d’une cotation TD, alors on a décidé de régler immédiatement des comptes avec quelques motifs qui nous excitaient terriblement. Ce ne furent pas à proprement des journées d’initiation, parce qu’on avait dans les années 90 parcouru plusieurs dizaines de kilomètres d’arêtes de toutes sortes et de paroitelettes en AD ou D, et nous en étions ressortis vivants et avec les pieds très sûrs, mais ce furent quatre jours employés à changer de dimensions, ça oui. Voici sans fausse honte quelques péripéties sur cette « reine des pyrénées dans cette difficulté, incontournable » (dixit Passages Pyrénéens, si ma mémoire est bonne).

En 1996, on avait déjà attaqué la voie, mais la présence d’un train de nuages en vallée de Gaube nous avait décidés à faire demi-tour. Il avait pourtant fallu quelques efforts pour atteindre ce premier relais, puisque la rimaye très ouverte ne permettait pas de toucher le rocher: j’ai fait champignon de neige, rappel de 12 mètres dans la rimaye, relais suspendu 5 mètres au-dessus du niveau du glacier, équipement à la va comme je te pousse suspendu n’importe comment, et escalade en grelottant de la première longueur.

En 2001, la neige touchait le rocher, et c’est Erwan qui a attaqué. Comme on ignorait en ce temps-là l’art de la progression corde tendue en posant des points, on a sagement fait des longueurs en réversible. Cette façon de procéder n’est pas forcément lente, mais le réversible, que nous avons pratiquement abandonné aujourd’hui, présente avec Erwan un inconvénient: il m’accueille toujours au relais par ces mots: « j’ai bien observé le terrain, c’est par ici à gauche, etc ,etc. » Moi qui viens de grimper à la vitesse de l’essoufflement 50m en second, je repars en tête sans trouver le temps de réfléchir vers la cheminée quelconque qu’il m’indique, l’éperon suspendu caractéristique, la fissure mouillée du topo, la dalle d’inclinaison variable, et je débouche plus souvent qu’à mon tour sur les capacités de fourvoiement de mon compagnon de cordée. Ce jour-là, trouvant sans doute qu’après quatre longueurs le terrain se couchait trop, et qu’un vague rocher au-dessus devait être la base de l’arête intermédiaire, il m’a envoyé vers la gauche. J’ai fait relais au pied d’une dalle qu’il n’a pas osé franchir, et je me suis collé une longueur que je crois encore avoir été l’une des plus incertaines de toutes celles que j’ai pu tirer. Très raide, sur un rocher pas très bon, pas bien protégeable, avec un final dans des blocs surplombants pas très bien agencés. Chaque fois que je dévisage une photo du massif, mes regards se reportent à cet endroit qu’une discète coulée noire ne signale qu’à ma seule curiosité. Je n’ai pas eu peur, car je ne grimpe pas pour le plaisir d’avoir peur, mais j’ai été très concentré, et passablement furieux sur plusieurs dizaines de mètres. J’ai débouché assez près de l’arête intermédiaire, dans un confortable cirque blanchâtre, dans l’axe du filon d’ophite qui permet d’atteindre le fil de l’arête. Il y avait là, seule, incongrue, une grosse plaquette en aluminium de l’UCPA, vissée à mort.

La suite a déroulé sans problème, je me suis juste ingénié à truquer les longueurs de corde dans le but d’envoyer mon compagnon dans l’un ou l’autre des crux en IVsup qui sont signalés par De Bellefon dans les 100 plus belles, sans y parvenir, bien évidemment. Tout énervement évacué, on a atteint les schistes rouges où aucune nécessité de perforation spitifiante ne sautait au visage de l’excursionniste (qui, je veux dire quel tourneur-fraiseur contrarié, a amené une perceuse à cet endroit entre 2001 et 2009?). En débouchant sur l’arête de gaube, je me suis rendu compte qu’on avait dû attaquer tard et ne pas aller vite, et grimper comme des somnambules fatigués, parce que le soleil, jaune d’or, aveuglant, était à la hauteur de mon épaule. Ça avait été une journée magnifique, dont il est vrai qu’on a pu en passer la moitié à contempler l’éperon de la Pointe Chausenque qu’on avait parcourue la veille. On ne savait pas qu’un petit crochet à droite permettait d’éviter le dernier mur sous le sommet de la Pique Longue, et Erwan qui cachait des réserves se l’est envoyé fort joliment. Il ne faisait pas tout à fait nuit quand on est arrivés à la tente entre les blocs de la Villa Meillon, et on a été contents de retrouver étalé sur le sol, dans le désordre dont des pyrénéistes pas éveillés ont le secret, tout ce qui nous avait manqué dans la journée: deux pulls, une gourde, un marteau, et l’appareil photo. Mais peu importe que nous n’ayons pas pris de photos ce jour-là, car les deux pellicules de notre enchaînement de 2100m d’escalade en 4 jours ont été posées sur le toit de la voiture au Pont d’Espagne par mon compagnon destiné à ne jamais en manquer une, et qu’elle doivent toujours s’y trouver depuis le démarrage.

 

En 2007 ou 2008 je suis venu à Gaube avec Jean-Christophe et un fort désir de grimper avec lui cette belle voie, mais il a plu le premier jour et plu le deuxième. Jean-Christophe a découvert le yoga dans l’herbe détrempée des Oulettes le premier jour, et moi une petite variante à l’éperon nord du Petit Vignemale le deuxième. Ce n’est que le troisième jour que jean-Christophe a vu les parois du Vignemale, pour la première fois de sa vie, dans un lever de soleil pimpant, anticyclonique et pur. Mais alors là il les a VUES et il n’a plus parlé que de ça pendant un an. Donc l’année suivante, alors que moi j’avais, bizarrement, moins envie y retourner, on s’est à nouveau retrouvés à Gaube.

2008 ou 2009 donc.. Quand j’ai allumé le réchaud et passé la tête à la porte de la tente, j’ai vu deux petites lampes qui étaient déjà sur le glacier, à quelques pas du filon d’ophite. Deux heures plus tard, alors que j’étais déjà dans la deuxième longueur, j’ai entendu d’horribles hurlements, accompagnés de coups sourds. J’ai vu passer quelques blocs de taille moyenne, puis j’ai attendu patiemment que les corps suivent, car les hurlements continuaient et je ne doutais pas que la cordée qui nous précédait était en train de dévaler. Mais rien: même les hurlements cessèrent. On est repartis corde tendue, et là on est allés plus vite qu’en 2001 (et sans se tromper bêtement de cheminement!), mais j’ai trouvé ça fatigant. J’ai vu deux stars du pyrénéisme progresser avec cinquante mètres entre eux et le ou les seconds, en posant des points tous les 15-25 mètres, alors parfois je fais pareil, mais ce jour-là au Vignemale j’ai trouvé que l’inclinaison de la paroi est si moyenne que le frottement de la double corde sur toute cette longueur, c’était pour moi comme tirer un arbre. Arrivés à l’arête intermédiaire j’ai réduit la longueur et refilé une partie de mon sac à JCL, et ça allait mieux. On a rejoint la cordée qui nous précédait, et j’ai compris que j’avais affaire à un jeune guide aragonais et son client catalan, un homme d’une cinquantaine d’année et d’une grossièreté effrayante. C’est lui qui avait hurlé le matin, pour nous annoncer la chute des quelques blocs que j’avais vu passer, mais il l’avait fait d’une façon inouïe. Très énergique, il ne s’exprimait qu’en criant, même quand on était à un mètre de lui, et des blocs, il en faisait tomber tous les trente mouvements. Nous avons prudemment fait une pause, afin de sortir sur l’arête de Gaube sans les avoir au-dessus de nos têtes.

Manque de bol, on les a encore rattrapés sur l’arête de Gaube, et j’ai eu droit à de nouvelles vociférations de la part du client, pleines de sollicitude au demeurant: il cherchait à m’indiquer la présence d’une cordelette à un endroit où il n’y en avait pas, et où au demeurant je n’en cherchais pas. Excédé par ce bonhomme et assez excité à l’idée de coiffer au poteau un guide parti avec tant d’avance sur moi dans une voie comme celle-là, j’ai tiré mon Jean-Christophe vers le petit crochet à droite qui permet d’accéder facilement au sommet, et on a eu le temps de se mettre pieds nus avant leur arrivée.

Magnifique itinéraire, merci Henri Barrio. On avait emmené quelques pitons en 2001, mais sans en mettre (alors qu’on en avait posé deux ou trois à la Pointe Chausenque la veille). Avec jean-Christophe, je n’avais que des coinceurs et friends. Il y a des pitons plus ou moins en bon état un peu partout en place. J’ai grimpé les deux fois en chaussons, avec la même paire de chaussons confortables. On est au soleil toute la matinée, parce que c’est une face nord très orientée à l’est. J’ai toujours fait l’approche avec des crampons et un piolet pour deux.

 



Luchonnais, Pic de Boum, éperon sud et Mailhs Barrat et Pintrat.

DSC_0768bBivouac en vallée de Remuñe. Au-dessus de l’ibonet de Remuñe, remontée vers la base de l’arête sud du Mail Barrat, et traversée de névés vers l’ouest en direction de la base du court éperon sud du Pic de Boum. Vingt minutes d’escalade amusante (III, un ou deux pas de IV) conduisent au sommet, dans un mélange de granite et de schiste rouge. AD.

On est descendus vers le Mailh Barrat, afin d’en gravir la facette nord-ouest; intéressante petite muraille de schiste rouge, ADsup ou D: au-dessus du névé, on a suivi une vire horizontale vers la gauche, puis gravi la face gauche d’un dièdre vertical (15m., IV-V, pâquerettes), puis franchi une dalle à gauche en granite (IV), puis atteint des cheminées de sortie en assez moyen rocher, pour déboucher à cent mètres à gauche du sommet du Mailh Barrat, qu’on a rejoint par une arête amusante et facile. On s’est réencordés sur la crête vers le Mailh Pintrat, dans une petite brèche intimidante. Du Pintrat, on a longé en contrebas, versant nord, une crête en beau granite, pour franchir une brèche à peu près au point le plus bas avec une désescalade délicate versant sud (III, un anneau de rappel en place sur un becquet). Tout ceci a été entrepris en fonction d’observations faites la veille depuis la descente du lac d’Albe. Crampons mais pas de piolet, une corde, quelques coinceurs et friends.

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Aneto, couloir Estasen et traversée.

 

sortie du couloir Estasen

Le couloir Estasen est au sud-ouest de l’Aneto, on le voit bien de loin. On a bivouaqué sur de magnifiques dalles chauffée par le soleil vers 2800m d’altitude, près de l’ibón de Llosás o de Coronas, je ne suis pas bien sûr des noms. Je ne suis pas toujours très vivable en montagne, notamment quand je suis excité et impatient. Ce jour-là, j’ai tiré Erwan de son duvet juste avant l’aube, et on a chaussé les crampons cent mètres plus loin. J’ai marqué de l’impatience quand il a mangé un bout de pain au pied du couloir, et je lui ai défendu de remanger en haut du couloir: on fera une pause au sommet, va! Au sommet, comme d’habitude on s’est laissés aspirer par la descente, et pour profiter de la neige dure on a filé vers la Maladetta, au sommet de laquelle on a accédé par un drôle de petit couloir à champignon de neige et une cheminée en protogine Lachenalienne du haut de laquelle j’ai tout de même jeté la corde à mon compagnon. On a bavardé quelques minutes en haut de la Maladetta, debout, sans poser nos sacs, et on est partis découvrir la descente au nord. On a traversé à flanc les glaciers où la neige commençait à tourner à la soupe, vers l’ouest, et arrivés en vue du Pico de Alba Erwan m’a fait remarquer qu’ »il serait temps qu’on prenne un petit en-cas, tout de même ». C’est vrai, après une traversée de la moitié du massif au grand trot, on peut s’offrir le petit-déjeuner.

On a franchi la brèche qui est entre le pico de Alba et la Tuca Blanca de Paderna, et c’était aussi périlleux que dans mon souvenir (1995): j’ai à nouveau lancé la corde à Erwan, qui n’a jamais aimé l’escalade de mottes de terre raides au-dessus de complexions surplombantes. Je le comprends: c’est moi que je ne comprends pas parfois, quand je considère les lieux qu’il m’arrive de hanter seul. On est montés à la Tuca Blanca de Paderna, curieuse aiguille calcaire, très jolie, dont la roche évoque du talc cristallisé, et on est descendus dormir au déversoir du lac d’Albe. 

Au lac d’Albe, surprise: après deux repas et trois siestes, on était toujours illuminés par le soleil qui ne quittait pas le rognon rocheux d’en face, on n’en pouvait plus, on se sentait prisonniers d’une plage de la côte d’azur. On a compris peu à peu que toutes ces activités qui nous avaient menés du vallon de Vallibierna à ce rocher du lac d’Albe n’avaient pas occupé la moitié de la journée, et qu’une fois de plus on avait été complètement dupes du temps et des distances. Des isards ont frôlé notre muret de pierres au crépuscule, et sont revenus nous considérer à l’aube, et on est descendus. Là, nouvelles aventures, dans la forêt cette fois: entêtés comme nous le sommes, on a cherché à descendre la vallée vers Benasque rive gauche, et ça nous a permis d’inspecter de belles barres rocheuses deux cents mètres à la verticale du cours d’eau, au milieu de sapins dont aucun ne se serait porté volontaire pour nous confectionner deux petites caisses proprettes en cas de mésaventure. Toujours la même conclusion: la Maladetta est un massif sauvage et ludique. On avait emmené piolets, crampons, une corde, deux sangles et deux mousquetons. Le couloir Estasen est de pente moyenne, et début août 2013 il était bien enneigé, avec juste une interruption au milieu et les habituels blocs dessoudés et terreux qui se présentent en pareille occasion.

au milieu du couloir Estasen

au milieu du couloir Estasen

L'aneto, vu de la Maladetta.

L’aneto, vu de la Maladetta.

Au pied des Pics Occidentaux: On va manger plus bas?

Au pied des Pics Occidentaux: On va manger plus bas?

raidillon de descente vers la vallée de Benasque

raidillon de descente vers la vallée de Benasque

 



Luchonnais, Clarabides, éperon nord.

clarabides nordPour fêter l’arrivée d’un compagnon de cordée, rien de tel qu’un bivouac sous la pluie et une remontée de névé à coups de piolet: Erwan est arrivé tout étourdi à 16h à Toulouse-Matabiau, et sans avoir eu le temps de comprendre pourquoi ni comment, il découvrait en même temps que moi à la tombée de la nuit que la cabane de Pouchergues était refaite à neuf et fermée à clé, double changement remarquable depuis notre dernière visite. On s’est collés contre un bloc pour dormir sous la pluie, en faisant l’impossible pour se protéger avec des tôles. Mais la peur d’être coupés en deux (en quatre, puisqu’on était déjà deux) par les tôles dans un coup de vent, et l’agacement d’être soumis au tambourinement des gouttes nous ont fait préférer finalement une somnolence détrempée à ce semblant d’abri. On est partis à l’aube cacher nos sacs au lac de Pouchergues, et puis c’est une matinée ensoleillée qui a accueilli notre excursion dans les névés trop durs. Le lac de Clarabides, il faut bien le dire, est un des plus jolis endroits du massif quand il est environné de névés comme c’était le cas en août dernier. 

L’ascension de l’éperon du sommet nord des Clarabides est une escalade facile et agréable. On va directement de la base au sommet, dans des rochers sains et des prairies suspendues. C’est l’équivalent de l’arête Ferbos aus Trois Conseillers. Une heure d’escalade, en tennis avec vingt mètres de corde et quelques coinceurs et sangles. On descend par le col de Pouchergues ou de Gias, et un couloir qui ramène au nord. On a vu depuis le sommet que le couloir Estasen était enneigé à l’Aneto, alors le lendemain on bivouaquait au-dessus de la vallée de Vallibierna, au sec cette fois-ci, mais à nouveau au frais.

clarabides



Soum de Ramond, arête sud

DSC_0979Soum de Ramond Arete sudEncore une belle promenade compliquée d’un pas d’équilibre au milieu de nulle part! Merci J et P Ravier, et merci Passages Pyrénéens. À Ordesa, le haut niveau se trouve en bas, et les vacances se déroulent en haut: n’y changez rien. On pourrait conseiller à des possesseurs de superguides ou à des maniaques du laçage et des bandes velcro d’enchaîner la Vie des Bordelaises, la Tour de Gaulis et l’arête sud de la Soum de Ramond, puisque cette collection de ressauts est sur une même pente et se prête à l’alternance tennis/chaussons. On a constaté que l’approche décrite dans Passage pyrénéens est valable si l’on vient d’Añisclo, mais pas d’Ordesa: le plus rapide dans ce cas est de passer au pied de la Tour de Gaulis et d’aborder la vire du départ à gauche de l’arête (cinquante mètres à l’horizontale) plutôt qu’à droite (quatre cents mètres). Il serait chafouin de faire à quiconque le reproche de la méconnaissance de ces lieux, car c’est quand même pas facile de s’y retrouver, même pour Erwan et moi qui revenons souvent dans ce paysage magnifique.  

Il faisait très froid avec une petite brise insistante, et les reliefs se sont trouvés accrochés assez tôt par des nuages de blizzard le jour de notre ascension. Dans ces conditions la première longueur est toujours la plus éprouvante, et elle s’est soldée par un gag: le rocher est excellent, à peu près vertical et très abrasif (le grès à surface de crépi typique des envers de Gavarnie). On se protège bien, et si on a la chance d’avoir de la sensibilité dans les mains et les pieds, c’est une escalade très agréable et pas tordue. Erwan m’assurait en grelottant , et au moment où je sortais sur la vire supérieure, il m’a crié: « T’as trouvé un nid de vautours? » Car voici le spectacle que j’offrais à contrejour: des paquets de plumes blanches voletaient autour de mes bras qui cherchaient à les rattraper, c’est ma doudoune qui venait de se déchirer au contact d’une pointe du crépi de cet excellent rocher. 

Après ce premier ressaut, on remet les tennis jusqu’au pied d’une deuxième barre. C’est ici que se trouve le pas de Vsup du topo, dans du calcaire gris et jaune. On gravit quelques mètres dans une fissure immédiatement à gauche du fil, puis on se rétablit à droite (un piton étêté bouche une prise), en quelques mouvements d’adhérence qu’il ne faut pas faire de travers, parce qu’on se retrouverait à plat sur la bonne terrasse d’éboulis où le second prend le soleil. À mi-longueur on est sur une dalle couchée, au pied d’un mur en rocher fracturé qu’on gravit à nouveau vers la droite, puis directement. On remet à nouveau les tennis. Le troisième ressaut est le plus élevé, on y fait deux longueurs, plusieurs passages sont possibles. Une dernière barre propose un peu d’escalade, et on rejoint le cairn de ce beau sommet sauvage. On a été tout contents de croiser au cours de cette ascension une vire qu’on avait suivie en 1998 et qui nous avait permis de contourner toute la Soum de Ramond un jour d’orages pluridisciplinaires avant de la gravir à la faveur d’une éclaicie vespérale. Je ferai peut-être un jour le descriptif de cette belle randonnée qui nous avait conduits de hasards en hasards du col de Boucharo jusqu’au sommet du Vallier, en passant par le Pic Russel et la Forcanada. En passant sur cette vire de la Soum de Ramond, les sacs chargés de courses faites à Gavarnie, on ne se doutait pas que la prochaine épicerie se trouverait à Benasque!

On est descendus de la Soum de Ramond par son arête ouest, en direction du Mont Perdu: on s’est réencordés sur cent cinquante mètres et sous une bonne risée de grêlons, parceque c’est assez aigü et exposé. Très jolie, cette petite arête, au demeurant, très valable voie d’ascension. PDsup sans doute. On est remontés au Mont Perdu, puis retour à la tente et baignade au milieu des prairies qui, elles, ont été au soleil tout le jour que nous venions de consacrer à la visite d’une entreprise frigorifique. Belle course éloignée, Dsup, escalade en IV avec un passage de V exposé, quelques coinceurs et friends, encordement à 50m.

soum de ramond DSC_0993DSC_0986  DSC_0973

soum de ramond

soum de ramond



Ordesa, Tour de Gaulis, arête nord. Et la vie des bordelaises.

gaulis1gaulis2Le curieux de passage trouvera que la Tour de Gaulis ne mérite pas qu’on lui consacre un article, et l’habitué estimera qu’il n’y a pas d’urgence pour un sujet pareil, mais moi il me semble qu’il faudrait que je perde l’habitude d’égarer plus de trois mois le mot de passe de ce blog. Un coup d’oeil jeté à la liste des courses qui sont recensée dans la colonne de droite, liste dont j’ai prudemment exclu les innombrables randonnées qui m’ont conduit pour le plaisir sur les trois quarts des pentes invivables de la chaîne saura fixer le collectionneur de belles escalades sur les ressorts de ma pratique pyrénéistique: je vais voir les motifs qui pour une raison ou pour une autre, ou sans raison identifiable, me captivent, avec une aptitude chaque été plus grande à l’improvisation, un sens du pittoresque toujours plus émoussé, et une indifférence au niveau des courses qui est totale jusqu’au TDsup, car cette cotation m’invite toujours à penser à autre chose qu’à ce à quoi elle se trouve associée. La Tour de Gaulis est un fantasme né dans les pages d’un guide Ollivier en 1985 et scrupuleusement entretenu par la conversation d’Erwan depuis toujours, et chaque été, dans quelque coin qu’on se soit retrouvés, c’était avec la question: « est-ce qu’on va monter sur la Tour de Gaulis, cette fois-ci? » 

Cette fois-ci, ça a été début août 2013. Le problème étant d’acheminer un paquet de nouilles et des bouts de métal dans le coin (le fin fond d’Ordesa), on a décidé de coupler avec l’arête sud de la Soum de Ramond, qui s’est rendue sans coup férir le premier jour dans un froid de canard glacé. Campement sur les pelouses charmantes au cul d’Ordesa, près du col qui permet de repasser vers Añisclo, au bord du torrent où baisent des euproctes pendant une dizaine d’heure chaque jour ensoleillé que Dieu fait. L’arête nord de la Tour de Gaulis regarde en direction du Mont Perdu. On l’a rejointe par une excursion 300m. à l’ouest de sa base, dans le but de gravir au passage une haute et belle falaise toute sillonée de rigoles dans un rocher qui est celui de la base des Sarradets, mais en bien plus beau. Moment magnifique et compact, à se tordre les pieds dans les rigoles, sans poser le moindre coinceur sur une cinquantaine de mètres. Petit surplomb dans la deuxième longueur, et on a remis les tennis. C’est du IV, en prenant la falaise au point le plus bas et en tirant tout droit ça peut se nommer « La vie des bordelaises » (rapport aux cannelés). Le petit névé de base, gelé, n’était pas une mince gymnastique à remonter à coups de pierres.

L’arête nord de la tour de Gaulis se remonte, une fois passés les premiers ressauts débonnaires, en une longueur sur le fil, beaux passages en bon rocher, jusqu’au petit mur surplombant du haut qui est rébarbatif et peut décontenancer le visiteur: IV, sur des réglettes, de droite à gauche. Erwan m’a dit qu’il y avait un gollot à cet endroit, mais je ne l’ai pas vu en passant. Le rappel est équipé (quatre ou cinq spits, pitons, broches..). Comme je déteste ça et que le départ est en fil d’araignée, j’ai eu peur, mais pas assez longtemps pour me gâcher la journée.

Sommet MAGNIFIQUE: plateau incliné parfaitement quelconque, vue inintéressante, aucun papier gras, la preuve que la nullité n’a pas de charme. On peut tirer un vain orgueil d’être monté au doigt de la fausse brèche, qui est visible de partout, mais la Tour de Gaulis présente la déception supplémentaire de n’être identifiée par personne. On ne peut pas prouver sa beauté. On ne peut pas vanter sa situation. Ses cinquante mètres d’escalade ne valent pas le déplacement.  Elle n’est pas un sujet de conversation.

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