La Bolivie en 2015. Le pic idéal.

On n’a pas tout à fait rien fait de notre été 2015. Le 20 juillet, je dormais paisiblement depuis deux heures dans une chambre de l’hôtel Torino, dans le centre de la Paz, quand un braillard au nez glacé s’est jeté sur mon lit pour me manifester son contentement: c’était Erwan, on venait d’arriver par des vols différents au pays de la Cordillère Royale, et ce n’était que le début d’un mois de convivialité avec la fraîcheur des petits matins andins. On a loué le plus petit 4×4 de la gamme, un Jimny qui s’ensable facilement et tressaute avec irritation sur les pistes, et on est partis vers Sajama. Au bout de dix jours de promenades, d’un ensablement au Pomerape et d’un plantage dans la boue du salar de Coipasa, on a réalisé une ascension idéale: un pic beau et un peu technique dans un massif inconnu, sans aucune information, sans rencontrer aucune trace de passage, et sans se faire mal. Voici d’abord un croquis fait en rentrant. 

 

 

cordillère de Quime, BolivieC’est dans la cordillère de Quime, au-dessus de la petite ville du même nom. J’avais vu des montagnes par le hublot entre Santa Cruz et la Paz, en 2011, et une recherche spéculative sur les écrans d’un cybercafé d’Oruro début août m’a mis sur la piste de ces pyrénées tropicales des premiers âges. Peu ou pas d’alpinisme dans ce massif qui est la propriété des mineurs d’étain. Leur humour est basé sur la manipulation de bâtons de dynamite. C’était la semaine de la fête nationale, et on s’est demandés si on finirait comme Belmondo à la fin de Pierrot le fou, ou comme ce pauvre taureau découpé vif au milieu d’un pré saisi par le gel dans le vallon qui nous menait au lieu de camp. On a fini par cacher la tente dans un recoin riche en eau sableuse, à deux cents mètres du front du glacier, loin de ces hommes valeureux qui étaient ivres morts pendant quatre jours. Le lendemain, remontée de ce glacier au petit bonheur la chance, choix de la branche de droite, petit col, traversée vers la droite au pied de murailles évocatrices du versant nord du Pic des Tempêtes, remontée d’un couloir, traversée versant sud, petit col, et ascension d’une belle facette de neige raide. Les lecteurs de ce blog savent déjà que je ne suis pas un bon grimpeur (Vsup-6a), il seront heureux d’apprendre que je n’avais pas le souvenir d’avoir jamais tiré sérieusement des longueurs sur l’élément blanc, ce qui les renseignera sur mon niveau en glace. Je ne possède qu’un piolet, dont la panne est plus usée que la pointe.

Au sommet, on découvre qu’on est sur l’un des principaux sommets d’un massif comparable à la maladetta en plus grand (20 km de long? 30?): longue crête granitique bordée de très beaux glaciers à droite et à gauche, avec cette caractéristique andine des corniches-sécracs posés sur les sommets. On est à 5500m sous un soleil étincelant, l’amazonie à droite et l’altiplano loin à gauche, des pics assez farouches dominent de très nombreux lac, gourgs, boums, laquets, mares, Il n’y a pas de papiers gras au sommet, pas de cairns, de sangles effilochées, de coinceurs coincés sur les rochers qui dépassent, et on ne sait le nom de rien. Personne nulle part. Se reporter au comte Henry Russel ici pour lire quelques pages lyriques sur la blancheur des neiges, la lumière des hautes altitudes, l’élévation de l’âme etc, etc. Voici le croquis d’un croquis de cette cordillère trouvé sur internet. On est montés vraisemblablement sur le deuxième sommet à l’ouest du Pic Pedro. Course AD (neige à 50 degrés(?) sur 200m.). m3

L’accès à ce genre de montagnes passe par 27 km de piste où l’on aimerait pouvoir mourir de peur une bonne fois pour toutes, et pas à chaque virage. Étonnamment, j’ai pris le volant à la descente et ça ne m’a plus rien fait.    

Voici un croquis de la marche d’approche depuis la Mina Argentina: m2C’est là toutes les informations que je puisse donner. Avec la meilleure volonté du monde, je ne sais rien de plus. Il n’existe à ma connaissance pas de cartes du massif. La jolie bolivienne portée sur le croquis n’y était déjà plus à la descente, et c’est bien dommage. Il n’y  pas d’alpinisme dans le massif, mais la présence des mines et de nombreux petits barrages hydroélectriques font que de nombreux chemins mènent d’un vallon à l’autre, d’un lac à l’autre. On lit sur internet qu’il y a des possibilités de randonnée, et ce n’est pas étonnant. Si je retourne en Bolivie un jour, je retourne dans la cordillère de Quime.

J’ai découvert ceci cet été, à quoi je ne m’attendais pas: au-delà d’une certaine altitude, le désir de me diriger vers la montagne d’en face, désir si constant dans les Pyrénées, disparaît complètement: il y a trop de soleil ou trop de froid, c’est trop fatigant, trop loin, je ne sais pas, mais le sentiment corporel est qu’on y montera éventuellement une autre fois, mais pas dans une heure, on verra bien demain.

Et encore ceci, que je savais déjà en partie: les montagnes plus hautes ne sont pas plus intéressantes. On n’est montés qu’une fois sur une bosse à plus de 6000 cet été, et pour diverses raisons on a renoncé à l’Illimani, mais une de ces raisons est que la voie normale de cette splendeur qu’est l’Illimani consiste à monter très haut sur un tas de cailloux, avant d’aborder le glacier. Il faut un camp intermédiaire, voire deux quand on a loué une auto trop faible.  On ne peut pas vraiment improviser l’itinéraire. Après l’ascension, il faut se reposer. Ce n’est donc pas moins intéressant de jouer plusieurs jours de suite sur des montagnes de 5500 -5900m, où on peut se comporter plus librement: à vue de nez, sans voir personne, en campant à droite et à gauche. J’ai trouvé les glaciers boliviens très sains: lents, silencieux, très proprement crevassés, bien bombés, franchement délimités par rapports aux névés, aux moraines etc. Ça gèle bien fort la nuit, et quand on a compris de quel côté se forment les pénitents on a la belle vie. Le sort a fait qu’on n’a compris que le 19 août, la veille de reprendre l’avion, comment s’y prennent normalement les ascensionnistes dans les Andes: très grosses autos, porteurs, guides, cuisinier. C’est une façon comme une autre, mais sans faire du voyage organisé et sans renoncer à sa paresse naturelle on pourra rencontrer quelques journées idéales sur les plus belles montagnes du monde, sans toujours connaître leurs noms, comme ici.

 

 



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