Nigruni, versant sud ouest.

 Cordillera real nigruniDans un virage de la piste qui franchit le verrou entre le deuxième et le troisième lac dont le nom doit me revenir, j’ai eu la vue happée par un joli glacier dans une ombre bleutée. Des nuages de fin d’après-midi rosissaient comme des joues de jeune fille dans un roman bien-pensant du siècle des Lumières. Erwan s’est saisi de la carte et m’a donné le nom: Cerro Nigruni. J’ai serré le frein à main et on a spéculé sur nos chances d’atteindre le front du glacier. Nos yeux de coureurs des pentes aragonaises ont envisagé ceci : remonter une moraine jaune, et traverser dans une falaise noire des stratifications horizontales qui pourraient bien former des vires. Donc le lendemain du Janckho Huyo, on s’est levés à l’heure inchangée de 3h30 pour manger notre bouillie inchangée de flocons de quinoa et nos deux bananes gelées respectives du petit déjeuner andin.

Il faudrait camper au fond du deuxième lac, dans l’herbe d’un beau plateau, ou bien au pied des moraines jaunes, sur quelques terrains plats qu’on déniche asez facilement. Nous on est partis du déversoir du troisième lac, et on a mis quelques minutes à découvrir qu’il fallait descendre rive droite du torrent (et pas gauche) pour rejoindre le plateau herbeux en contrebas. Il faut ensuite remonter une pente d’herbe mêlée de cailloux assez désagréable jusqu’à la moraine jaune qu’on remonte sur le fil. Quand ce fil est horizontal, il y a une cinquantaine de mètres où l’équilibre matinal est mis à l’épreuve. La moraine rejoint une pente d’éboulis gris issus des crêtes supérieures: traverser ces éboulis (ou névés gelés, pour nous) vers la droite. On rejoint une vire ascendante que nous avons cairnée! Il s’agit de la retrouver à la descente..

Après la vire, on atteint le glacier. Il est large et tend à se séparer en deux branches. On est montés par celle de gauche pour se protéger du vent et descendus par celle de droite pour varier les plaisirs. Beau sommet, d’où l’on découvre le gros éperon nord ou nord-ouest du Condoriri. On admire aussi un très beau petit sommet chargé de glaces et environné d’aiguilles. Solitude assurée en ce point. Course PD, randonnée glaciaire.

On avait senti au milieu de la nuit que quelque chose changeait. On ne possédait pas de modèle théorique de la climatologie locale, mais on a détecté en soirée un degré inhabituel d’hygrométrie dans l’air et dans la nuit une humeur bizarre dans la brise de vallée. En laçant nos chaussures on s’attendait à quelque chose. En remontant vers la moraine on n’a pas été trop étonnés de recevoir une petite averse de grésil. Au lever du jour il paraissait normal de voir un ciel de Posets orageuses autour de nous. Etc. On est montés et descendus, mais c’était le commencement de ce qui n’était pas arrivé depuis dix ans: il a fait mauvais pendant une semaine.

La suite des vacances a pris une allure de gestion de l’échec: on a passé deux jours sous la pluie à la Paz, puis campé trois jours sous des chutes de neige lourde au-dessus de Carmen Pampa, au pied de la face ouest de la Huayna Potosí. Là, notre surprise a été grande en revenant à l’auto de découvrir nos pneus dégonflés et la région enneigée jusqu’à El Alto. Pour les pneus, il a fallu négocier avec des naufrageurs portant une hache sur l’épaule à 4500m d’altitude, dans un monde recouvert de 45 cm de neige. Pour le reste, on a choisi d’attendre que ça déneige et transforme un peu avant de remonter quelque part, et on est allés faire ça sur la presqu’île de Copacabana, qui sent si bon.



Jankho Huyo, traversée.

Cordillera real, janq'u UyuVoici un toponyme à la Tintin, avec une altitude de 5512m. On le trouve écrit aussi Janq’u Uyu. Il faut maintenant que je retrouve le nom de la vallée aux trois grands lacs qui permet d’y accéder. Piste interminable mais qui ne fait pas trop peur pour une fois, depuis le village de Peñas. C’est le livre d’Anne Bialek consacré à la Cordillère Royale qui nous a proposé la course. Je vais tout de suite dire du mal de ce livre  afin de ne plus avoir à y revenir: il ne s’agit pas d’un topo-guide à proprement parler, mais d’une brochure publicitaire pour une agence de guides de la Paz. Le point de vue des textes est celui de la meilleure cliente de cette agence, qui s’est fait emmener un peu partout. Ce point de vue ignore la différence entre difficulté et exposition. Il ne permet pas de décrire un cheminement en paroi. Les descriptions du Guide de la Cordillère Royale sont souvent vagues et parfois ininterprétables: par exemple on ne parvient jamais à savoir si tel ou tel aspect de l’itinéraire est un choix de promenade ou une nécessité imposée par le terrain. Le lecteur de terrainspyrénéens sait bien qu’il existe toujours plusieurs possibilités de gravir quelque chose et d’en redescendre, et que celles que je détaille ne sont pas exclusives d’autres qui sont mieux ou moins bien connues. Ce livre contient de belles photos, qui sont restées avec le texte dans une poubelle de l’hôtel Melody à la Paz le 19 août dernier: avis aux collectionneurs!

Donc, la traversée est annoncée en AD, avec une grosse corniche au sommet et quelques passages rocheux. On a campé au-dessus du troisième lac. Départ vers 4h15, et plutôt que de monter jusqu’au col du fond de vallée on s’est engagés dans le ravin issu du glacier sud-est de notre sommet. Un peu de gel brillait là sous la lune, et on s’est retrouvés à tirer une longueur sur une glace très dure. Ce n’était pas très difficile, et c’est sans doute plus court et plus amusant que de passer par le col du fond de vallée. On a aussitôt après mis le pied sur le glacier, sur lequel on randonne sans heurt jusqu’au sommet. La corniche sommitale est vraiment très belle, et l’arête un peu technique bien visible au nord-ouest. Cette arête à peu près horizontale présente quelques passages de neige raide et une centaine de mètres de rocher peu difficile (jouer sur des gros blocs en bon granite, on sait faire). Après les derniers cailloux, on traverse encore une bosse blanche avant de rejoindre un col. On est redescendus de là, assez directement dans le glacier vers le sud: terrain assez crevassé, avec un noeud chaotique, qu’on avait repéré depuis le haut. Puis glacier plat vers le sud-est. Le vallon ramène vers le troisième lac.

Deux broches à glace utiles pour le torrent gelé avant l’aube, puis deux anneaux de sangle sur le rocher. Un piolet chacun.

Le paysage est splendide, et la vue sur un sommet peu éloigné au nord est excitante. Ce sommet présente une face sud rococo, avec éperons, arêtes, couloirs et quelques chutes de pierres.  

 



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