Arbizon, face nord, voie des dalles grises.

arbizondespiau.jpgAprès notre enchaînement de voies au Bugatet, on avait Erwan et moi passé une journée à ne strictement rien faire en vallée d’Aure. On n’a même pas bu un gallon de vin rouge. On s’est contentés de sommeiller sous les buis de la hourquette d’Ancizan. En fin d’après-midi, une idée géniale nous est venue à l’esprit: « Puisqu’on doit être demain après-midi à Bordeaux, pourquoi ne monterions-nous pas à l’Arbizon en matinée? Il y a cette voie Despiau en face nord, ça nous fera une jolie fin de saison »

Deux heures plus tard, on est au lac d’Arou, une heure plus tard je redescends en courant chercher une grande bouteille à l’auto, puis de l’eau au seul torrent qui coule encore dans les pentes loin en contrebas du lac, lequel en cette fin d’août était réduit à une mare pestilente et boueuse, sans déversoir. Les premières minutes de cette nuit romantique dans les rhododendron, Erwan les consacre à me raconter le bivouac incommode qu’il a fait par là en hiver un an plus tôt, avant d’attaquer le couloir nord de ce même Arbizon, qui pourrait passer pour notre montagne favorite tant on est montés dessus. Il ne consacre à cela que quelques minutes, puisqu’on s’endort très vite.

La voie Despiau est situé sur la droite de l’impressionnant bouclier de dalles grises qui est en face nord de l’Arbizon. En 1996, comme on redescendait dans ce versant après avoir « ouvert » un couloir interminable au petit Arbizon, on avait observé ces dalles et décidé que c’était ingravissable , mais qu’on pourrait envoyer une photo à Rémi Thivel pour exciter son imagination. On n’en a rien fait, d’abord parce qu’on ne prend pas de photos, ensuite parce que l’intéressé n’a pas besoin qu’on excite son imagination, enfin parce qu’on avait peut-être encore vaguement le fantasme alors de devenir des bons grimpeurs, ce qui n’est jamais arrivé et n’arrivera jamais. Nous voilà donc ce beau matin pas assez frais à notre goût qui remontons le charmant vallon conduisant à ces dalles. Naturellement, pas d’eau de ce côté-là.

On commence par un fort joli et en fort bon rocher dièdre bien marqué, sur une longueur. On traverse à droite 20m. On remonte un vague dièdre en rochers brisés, puis une zone de dalles en direction d’un petit dièdre surplombant, court et bien fichu: le tout en IV avec un peu de IVsup. On est alors au pied d’une corniche surplombante.

Traverser à droite et remonter une cheminée qui est le point de faiblesse de la chose, puis traverser à gauche une longueur dans un rocher spectaculairement pourri, les schistes se débitent en petits bouts de n’importe quoi. Grâce à Dieu, c’est du II soutenu et exposé. On débouche dans un entonnoir de dalles grises, polies et en très bon rocher. Il faut remonter toutes ces dalles en tirant sur la gauche, jusqu’à parcenir à une petite brèche aérienne en haut à gauche.

Le démon poesque de la perversité nous a fait abandonner cette progression à mi-hauteur pour choisir d’en remettre un peu dans le genre schistes invendables. Erwan m’a déposé au pied d’une cheminée très verticale, surplombante sur les dix premiers mètres, assez profonde pour qu’on se retrouve à se tenir à deux lèvres mal fichues tout à fait à l’extérieur de la chose. J’ai remonté ça avec assez de rage pour me rétablir en grattonnant des deux genoux, et j’ai découvert la suite: trois niches formant grottes séparées par des étroitures verticales. Le promeneur curieux de répéter cette émoustillante variante à la voie Despiau sera bien inspiré de laisser son sac à dos dans la première de ces grottes, afin de nager plus alertement dans cette succession bizarre de motifs suicidaires. J’ai littéralement fait des tours sur moi-même au cours d’un ramonage hélicoïdal en direction du haut.

En haut, on s’est retrouvés sur un petit éperon herbeux, et l’orage grondait fort et tout près de nous. J’ai traversé sur la droite et trouvé assez vite des ravins empierrés.

Quand on a débouché sur la crète, le cumulonimbus était large et noir, et couvrait toute la Terre, dont il ne touchait que le repère géodésique du sommet, à cent mètres de nous. Ça tombait du côté du Luchonnais, et du Néouvielle. On est partis en courant, surtout moi parce que paraît-il j’abandonnerais père et mère sous l’orage, en direction du Montfaucon.

Rien n’est tombé! pas sur nous en tous cas, et on n’a plus eu qu’à se jeter des pierres l’un sur l’autre dans le pratique couloir de redescente qui est tout proche du Montfaucon. Regardez bien le croquis maintenant: aux deux tiers de la voie, efforcez-vous de suivre les petites flèches à gauche, et pas le trait continu qui va tout droit. Vous pouvez aussi aller voir le site de Charles Thiébault qui a fait la voie il y a deux ou trois ans, et qui a été beaucoup plus malin que nous.



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