Agulla d’Ixeia, tucas d’Ixeia, traversée

En repassant dans ma cervelle les beaux endroits parcourus l’été dernier, je viens de décider qu’il faut dire un mot des Tucas d’Ixeia. agulla ixeia traversée

Il s’agit des montagnes râpeuses qui dominent Vénasque. Leur versant nord offre un paysage fantastique, cadre magnifique pour se faire dévorer par les moustiques de Batisielles ou grimper sur l’excellent granite de Perramó. J’avais imaginé emmener un jour un matériel un peu sérieux d’escalade pour traverser les sommets, car j’avais remarqué que deux brèches profondes pouvaient proposer des complications. Hypocrisie ou légèreté d’allure, on est montés dormir à Escarpinosa avec un bout de corde coupé dans un vieux rappel, quatre sangles et quatre mousquetons. Ah! mais du boudin noir, des pommes et du vin rouge, ça oui. Le projet était d’ »aller voir pour une prochaine fois »…

On a commencé par se demander si on parviendrait à l’aiguille principale. Mais des corniches faciles sur le versant sud ont donné accès au sommet. J’ai failli marcher sur un isard: il était couché dos au soleil (et à moi qui arrivais en regardant ailleurs), pile au sommet, et il a fallu qu’Erwan me fasse signe pour que je m’aperçoive de sa présence cornue (pointes vers l’extérieur: un mâle, n’est-ce pas?) On est restés un instant à le regarder se lécher les aines, puis il a tourné la tête nerveusement, s’est levé comme un ivrogne dégrisé par la survenue d’un martien, et a filé vers le nord. En tendant le bras je lui aurais flatté l’encolure comme à un bon poulain amical.

Distraits et enjoués par ce joli spectacle, on a suivi la crête horizontale, puis commencé à désescalader des cailloux. Un spit (j’ai dit à propos de l’aiguille de Perramó que le massif est fréquenté par un bricoleur frustré, qui monte avec sa perceuse le dimanche matin pour faire des trous loin de sa femme acariâtre) signale une première désescalade facile versant sud. Puis on contourne un groupe de gendarmes par le nord (III sup). Puis autre spit, autre désescalade versant sud, et première brèche. 

On escalade en II le sommet suivant, puis nouvelle promenade horizontale. On a commencé à se dire qu’on avait fait la traversée, quand tout d’un coup un vide immense s’est creusé devant nous. Bref désappointement, pas envie de faire demi-tour, et on s’est avisés de l’existence d’une grande cheminée entre deux strates verticales de calcaire, côté sud. III, puis II, puis I et terrasses pierreuses. Un crochet à droite (dans le sens de la descente), puis on reprend tout droit vers la brèche, et on finit par une vire côté sud pour mettre le pied dans la brèche. 

Ici se confirme ce qu’on voyait pendant la descente: la brèche est dominée par un mur compact et vertical de calcaire gris. Il faut atteindre une fine fissure horizontale et la suivre jusqu’à son extrémité droite. Allons! les doigts dans la fissure, les tennis à plat sur la dalle, de temps en temps une sangle autour d’un becquet imprécis, il ne faut pas que ça dure plus de 22 mètres et cinquante centimètres parce que l’encordement à la taille ça a pris de la longueur sur notre quart de rappel du jour. Arrivé au bout, j’ai pu monter encore un peu mettre la dernière cordelette sur un bon becquet, ce qui a fait sauter les décorations de la traversée, et Erwan s’est lancé à ma suite avec en perspective un pendule plein gaz car le passage est vraiment vertical et domine un couloir encaissé qui file droit. Petite crispation des bras, couinements, puis il est apparu en maugréant, content comme tout. Amusant que notre spiteur ne soit pas venu sécuriser ce crux. C’est IVsup très exposé, je ne crois pas qu’on puisse pitonner la fissure (qui est une vire très fine en fait).

Au-dessus, gravir un moment un couloir, puis revenir à gauche vers le fil de l’arête jusqu’au sommet. Quelle belle course! On peut s’encorder à 30 mètres, prendre baudriers, casques, quelques coinceurs et friends, et pourquoi pas de quoi mettre un piton ou deux. 

Descente vers l’ouest. Du Portillón de Eriste, descente vers l’Ibón de Perramó. 

Comme il était encore tôt matin Erwan est allé se baigner et moi j’ai continué vers le Chinebro. Mais après deux ou trois sommets j’ai trouvé que ça devenait trop accidenté, et je suis revenu en arrière. Mais le démon de la promenade m’a encore envoyé visiter un gros sommet qui m’intrigue toujours à l’ouest des aiguilles de Perramó et d’où l’on voit d’autres montagnes, d’autres montagnes, encore plus loin, encore plus nombreuses. Je suis redescendu de là avec les semelles qui pendaient comme des langues décollées, pour les jeter dans une poubelle de Vénasque. 

 



Punta Fulsa, face nord

 Escáner_20190409

 J’avais prévu de remonter la vallée d’Urdiceto à la faveur d’une gueule de bois, mais on est parvenus à ne pas sortir ivres morts de chez l’ami Franck. Cette vallée nous aurait sans doute parue bien longue si on n’avait bénéficié de deux kilomètres d’auto-stop et puis de la fraîcheur d’un flux d’ouest. Arrivés aux lacs d’Urdiceto, on n’y voyait rien. On cherchait la petite paroi redressée que l’on voit si bien depuis les cîmes de la Bigorre. Impossible de deviner quel pierrier remonter dans la brume. Notre longue expérience de la chose nous a suggéré d’attendre que le soleil de midi-14h soulève le faux-plafond. Assis dans un chaos de blocs, on a joué aux devinettes.

Sur un socle de granite, la Punta Fulsa aligne fièrement quelques gros chicots de schiste violet foncé. On a gravi le dernier, celui du sommet. Le rocher n’est pas mauvais du tout, il est même très bon si l’on songe que c’est grosso modo le même que celui du Cauarère-Batoua, et il présente de drôles de découpes franches. Très belle couleur vraiment, ce rocher pareil à nul autre. 

Attaque à droite d’un couloir. Remonter un vague éperon assez raide en naviguant entre des corniches surplombantes, puis obliquer à droite sous un gros surplomb. Repartir directement, gagner par une succession de petits ressauts l’arête faîtière. AD sup, III et IV, une heure à une heure et demie d’escalade, quelques coinceurs et friends. 

On est descendus jusqu’à la première brèche de l’arête sud de la Punta Fulsa, pour désescalader une barre rocheuse assez pourrie vers l’ouest. Puis on a dévalé une vallée raide et sauvage qui nous a ramenés dans le bas de la vallée d’Urdiceto. Il était temps qu’un torrent s’offre à la baignade.  

 



Luchonnais, Pic de la Mine, arête nord (bec de corbeau)

Que faisiez-vous en 1911?

Qu’auriez-vous fait de votre été, avec un brin de chanvre et sans congés payés? Un petit tour au Pic de la Mine? 

Le Bec de Corbeau offre un spectacle moins explicable que le surplomb en face ouest du petit pic d’Ossau, mais est tout aussi attachant. Un ramonage somme toute aisé mais vertical  et exposé, au terme duquel on ne peut pas mettre le pied sur l’aiguille la plus haute, c’est vraiment à la hauteur! 

Mais reprenons les choses dans l’ordre:

Départ le soir de l’Hospice de France, bivouac sur une terrasse d’herbe au-dessus des brumes. On a rejoint le col de la Frèche sans se préoccuper des deux pointes de gauche. Montée au petit corbeau à toute crète, brève désescalade et traversée de quelques dalles ensoleillées en direction de la faille qui sépare en deux l’aiguille du bec de corbeau. C’est cette faille que l’on ramone, d’abord assez près de sa lèvre nord, puis plus à l’intérieur. Le premier piton est assez haut, puis on en trouve dans l’0mbre deux ou trois autres. Excellent rocher. Relais sur la mandibule est du bec. J’en ai atteint la pointe, ce qui n’offre que l’intérêt de tester l’assise des blocs dessoudés sur place. Retour au relais, on pourrait presque sauter de là sur la mandibule ouest… On a préféré faire ce qu’il faut faire à cet endroit, à savoir un rappel,  puis traverser la faille vers le sud, puis un autre rappel.  

J’ai pas trop observé l’aiguille Morin avant de m’y lancer, ce qui fait que je ne suis pas certain d’être passé par le meilleur endroit: monté jusqu’à l’angle des facettes nord et ouest, j’ai franchi directement un surplomb pas commode du tout et en rocher fragile pour atteindre le dernier ressaut, parcouru d’une bonne fissure facile. 

Troisième rappel de la matinée, puis on a avalé les pentes schisto-herbeuses du pic de la Mine. Beau belvédère, descente par l’arête ouest où il ne faut pas du tout faire l’idiot, puis dans un couloir au nord vers les boums de Venasque. 

Course AD sup ou Dinf, IV sup max, faite avec quelques coinceurs et friends, des cordelettes, des sangles, deux pitons en réserve, et un seul brin de 50m. 

Bientôt un croquis?

 



Troumouse, Pène Blanque… face sud

J’ai trouvé ça un jour: OLYMPUS DIGITAL CAMERA

J’ai pas pu m’empêcher de l’imprimer, et quand on a commencé à tourner dans les vallées en août dernier, on a aussi un peu retourné la chose dans nos têtes. Il nous est bien entendu plusieurs fois arrivé de considérer la Pène Blanque de Troumouse depuis le sud, et même de passer juste au pied dans un mélange de hâte détrempée et d’insomnie mal gérée en juillet 98, et ce que nous en pensions habituellement était que le terrain se prêterait à une course en chaussons et sans corde ou presque. La considération des cotations proposées par ce topo nous a arraché quelques cris de joie (Ça se grimpe vraiment!) et quelques grognements de suspicion (Ah ouais?! du V? là-dedans?). 

On y est allés, avec un rappel complet et une garniture de coinceurs et friends. On a compris que décidément il y a des grimpeurs qui se lèchent le prépuce quand ils rédigent des topos. Aucun passage n’excède le IIIsup. Le terrain offre ce qu’il promet, à savoir des dalles couchées et des vires herbeuses. Je comprends d’autant moins ce qui est passé par la tête des auteurs du topo qu’à bien des égards ce topo est très bien fait: le cheminement est très bien dessiné, tous les pitons et toutes les lunules sont à leur place, bref, c’est pas fait par des imbéciles complets. J’ai même été admiratif de l’ingéniosité déployée par nos prédecesseurs pour la découverte ou la création de lunules, le premier était un bricoleur hors pair. Si je le rencontre, je lui conseillerai juste de parcourir la voie Ravier en face nord de la même montagne, ça lui permettra d’avoir une idée un peu plus concrète de ce que c’est que du IVsup et du Vinf.

Attention; j’ai dit que le topo était bien dessiné, pas que le cheminement était brillant: en particulier la traversée R6-R7 (IVsup sans poser les mains!!) est un drôle d’écart de conduite. 

Bon, à faire comme nous un jour de nuées orageuses, car il doit faire très chaud en plein soleil… ou à ne pas faire du tout. Mais c’est une belle promenade, l’approche au dépard de Parzán par les lacs de la Munia est jolie, il y a une vire à l’ouest après le deuxième lac qui conduit au pied de la « voie ». La course est à peine AD en fait, et aucun passage n’est décisif, on peut en fait naviguer un peu comme on veut, c’est comme une pente de neige saisie par le gel en Bolivie.



Pic Long, Maubic-Pic Long

Monter au pic Maubic. Repérer le Pic Long. S’engager sur l’arête d’abord horizontale qui relie ces deux sommets. Un premier gendarme est pourvu d’anneaux de rappel: préférer contourner ce gendarme par la gauche (III sup) ou par la droite (un pas très délicat et plein gaz). Un autre gendarme est décoré d’anneaux: désescalader versant Tourrat, rejoindre une vire ascendante et revenir sur le fil de l’arête au pied d’un ressaut vertical décoré de belles fissures. Une longueur de belle escalade (IV), puis on continue directement à toute crête jusqu’au sommet. AD, quelques sangles et coinceurs, 1h 30 d’escalade.

On descendra par l’arête ouest en direction de la brèche d’Estibère Male, ou par le Pic Badet, suivi éventuellement du Maou. Premier Maou cet été pour Erwan et moi: c’est une curiosité géologique en rocher blanc.

Maubic-Pic Long



Tarija et Pequeño Alpamayo

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Cerro Tarija, pequeño alpamayo

Cerro Tarija, pequeño alpamayo

IMG_20150818_085936 IMG_20150818_085923 IMG_20150818_085918 IMG_20150818_085219 IMG_20150818_070247 IMG_20150817_174341Fin du séjour bolivien: après trois jours sous la neige à Carmen Pampa et quatre jours de promenades à Copacabana, on décide de refaire un tour en montagne avant de reprendre l’avion, et je cède aux instances d’Erwan qui a l’obsession d’aller au Pequeño Alpamayo. On se gare à Tuni, on prend nos gros sacs et on monte en plein vent dans un paysage déneigé au nord et tout blanc au sud. On découvre après deux heures de marche un camp de base d’expéditions: du matos flambant neuf, des porteurs, mulets, guides, cuisiniers. Chemins tracés dans la neige, mais on est parvenus à ne pas trouver cette trace dans la nuit entre la tente et le glacier.

L’ascension consiste à remonter le glacier du Cerro Tarija dans un froid polaire, j’ai trouvé ça très beau. Du sommet du Tarija, on descend une courte arête rocheuse pour remonter celle neigeuse du Pequeño Alpamayo. Pas de difficulté particulière, mais il ne faut pas tomber car c’est assez raide et un gros pot ouvre sa grosse gueule à stalactites en contrebas, versant ouest. Beaux effets de brume. Le client indonésien d’un guide qui s’est arrêté au Tarija pour prendre des photos nous a pris pour quelque chose comme Terray et Lachenal parce qu’on a torché cette partie un peu technique à grands pas, que j’étais de mauvaise humeur et que notre anglais était sommaire. 

On a encore mangé une boîte de thon, du pain dur, des mandarines louches et des bananes gelées. Une fois n’est pas coutume, Erwan avait sur lui de quoi prendre des photos. Le Pequeño Alpamayo forme une toute petite bosse derrière le Tarija, et cette ascension très fréquentée n’est pas vraiment logique. Il me semble qu’il ne serait pas prudent de se suivre à trois ou quatre cordées sur l’arête de neige finale. Le paysage environnant est très beau, notamment le Pico Huallamina ou Wyoming, qui est plus haut que le Tarija, à l’ouest. Le Condoriri magnifique bien sûr. Tout ce mois passé en Bolivie aura été l’occasion de quelques insolations, trois ou quatre opérations de terrassement autour de la voiture, quelques ascensions divines et plusieurs repérages excitants, très excitants.



Jankho Huyo, traversée.

Cordillera real, janq'u UyuVoici un toponyme à la Tintin, avec une altitude de 5512m. On le trouve écrit aussi Janq’u Uyu. Il faut maintenant que je retrouve le nom de la vallée aux trois grands lacs qui permet d’y accéder. Piste interminable mais qui ne fait pas trop peur pour une fois, depuis le village de Peñas. C’est le livre d’Anne Bialek consacré à la Cordillère Royale qui nous a proposé la course. Je vais tout de suite dire du mal de ce livre  afin de ne plus avoir à y revenir: il ne s’agit pas d’un topo-guide à proprement parler, mais d’une brochure publicitaire pour une agence de guides de la Paz. Le point de vue des textes est celui de la meilleure cliente de cette agence, qui s’est fait emmener un peu partout. Ce point de vue ignore la différence entre difficulté et exposition. Il ne permet pas de décrire un cheminement en paroi. Les descriptions du Guide de la Cordillère Royale sont souvent vagues et parfois ininterprétables: par exemple on ne parvient jamais à savoir si tel ou tel aspect de l’itinéraire est un choix de promenade ou une nécessité imposée par le terrain. Le lecteur de terrainspyrénéens sait bien qu’il existe toujours plusieurs possibilités de gravir quelque chose et d’en redescendre, et que celles que je détaille ne sont pas exclusives d’autres qui sont mieux ou moins bien connues. Ce livre contient de belles photos, qui sont restées avec le texte dans une poubelle de l’hôtel Melody à la Paz le 19 août dernier: avis aux collectionneurs!

Donc, la traversée est annoncée en AD, avec une grosse corniche au sommet et quelques passages rocheux. On a campé au-dessus du troisième lac. Départ vers 4h15, et plutôt que de monter jusqu’au col du fond de vallée on s’est engagés dans le ravin issu du glacier sud-est de notre sommet. Un peu de gel brillait là sous la lune, et on s’est retrouvés à tirer une longueur sur une glace très dure. Ce n’était pas très difficile, et c’est sans doute plus court et plus amusant que de passer par le col du fond de vallée. On a aussitôt après mis le pied sur le glacier, sur lequel on randonne sans heurt jusqu’au sommet. La corniche sommitale est vraiment très belle, et l’arête un peu technique bien visible au nord-ouest. Cette arête à peu près horizontale présente quelques passages de neige raide et une centaine de mètres de rocher peu difficile (jouer sur des gros blocs en bon granite, on sait faire). Après les derniers cailloux, on traverse encore une bosse blanche avant de rejoindre un col. On est redescendus de là, assez directement dans le glacier vers le sud: terrain assez crevassé, avec un noeud chaotique, qu’on avait repéré depuis le haut. Puis glacier plat vers le sud-est. Le vallon ramène vers le troisième lac.

Deux broches à glace utiles pour le torrent gelé avant l’aube, puis deux anneaux de sangle sur le rocher. Un piolet chacun.

Le paysage est splendide, et la vue sur un sommet peu éloigné au nord est excitante. Ce sommet présente une face sud rococo, avec éperons, arêtes, couloirs et quelques chutes de pierres.  

 



Le Condoriri de Sajama.

condoriri sajamaAu nord-ouest du village de Sajama, un beau massif porte le nom de Condoriri, et il était bien enneigé début août. On ne le confondra pas avec le Condoriri de la Cordillera real, qui est fameux. Une pente me piquait l’oeil depuis trois ou quatre jours qu’on faisait des balades dans le secteur pour s’acclimater (Erwan à l’altitude, moi au froid): orientée est- sud-est, assez haute, menant à un sommet estimé à 5800m, on a décidé qu’il était temps de sortir les crampons. On part du bout de la piste qui mène aux geysers, et un chemin très bien tracé mène aux lacs de Condoriri. Ces lacs étaient glacés, on voyait s’activer dans les trous d’eau des foulques semblables à ceux que l’on rencontre sur l’Erdre, c’est bien la peine de prendre des avions.

Camper au déversoir du deuxième lac. Remonter au mieux une moraine en direction de la facette (qui est à l’ombre le matin). Des névés et des plaques de verglas peuvent compliquer la marche dans les pierriers redressés. On remonte la facette au mieux, sur la gauche c’est un large couloir, sur la droite on navigue entre des rochers qui dépassent. Cette ascension ne présente d’intérêt que si c’est bien enneigé, car la face n’est pas glaciaire et elle redevient un tas de cailloux à la première occasion. On a eu la neige vers 5100m, et la facette est estimée à 400m de dénivellé, ADinf max.

On atteint un sommet d’où l’on découvre un bassin glaciaire (type Glacier d’ossoue), et une autre crête sommitale, parallèle à celle visible du village de Sajama, est garnie de petites aiguilles en face. C’est très joli, et au-delà un vaste désert (chilien) s’etend à perte de vue. On est redescendus par une arête vers le nord puis des pentes à l’est en jouant à glisser sur les névés.

On n’avait pas de montre, et on est partis un peu trop tôt: le jour s’est levé quand on était déjà à deux pas du sommet! Pendant tout le mois d’août, si je suis parvenu à m’habituer aux onglées aurorales, je n’ai pas réussi à les aimer.

 

 



La Bolivie en 2015. Le pic idéal.

On n’a pas tout à fait rien fait de notre été 2015. Le 20 juillet, je dormais paisiblement depuis deux heures dans une chambre de l’hôtel Torino, dans le centre de la Paz, quand un braillard au nez glacé s’est jeté sur mon lit pour me manifester son contentement: c’était Erwan, on venait d’arriver par des vols différents au pays de la Cordillère Royale, et ce n’était que le début d’un mois de convivialité avec la fraîcheur des petits matins andins. On a loué le plus petit 4×4 de la gamme, un Jimny qui s’ensable facilement et tressaute avec irritation sur les pistes, et on est partis vers Sajama. Au bout de dix jours de promenades, d’un ensablement au Pomerape et d’un plantage dans la boue du salar de Coipasa, on a réalisé une ascension idéale: un pic beau et un peu technique dans un massif inconnu, sans aucune information, sans rencontrer aucune trace de passage, et sans se faire mal. Voici d’abord un croquis fait en rentrant. 

 

 

cordillère de Quime, BolivieC’est dans la cordillère de Quime, au-dessus de la petite ville du même nom. J’avais vu des montagnes par le hublot entre Santa Cruz et la Paz, en 2011, et une recherche spéculative sur les écrans d’un cybercafé d’Oruro début août m’a mis sur la piste de ces pyrénées tropicales des premiers âges. Peu ou pas d’alpinisme dans ce massif qui est la propriété des mineurs d’étain. Leur humour est basé sur la manipulation de bâtons de dynamite. C’était la semaine de la fête nationale, et on s’est demandés si on finirait comme Belmondo à la fin de Pierrot le fou, ou comme ce pauvre taureau découpé vif au milieu d’un pré saisi par le gel dans le vallon qui nous menait au lieu de camp. On a fini par cacher la tente dans un recoin riche en eau sableuse, à deux cents mètres du front du glacier, loin de ces hommes valeureux qui étaient ivres morts pendant quatre jours. Le lendemain, remontée de ce glacier au petit bonheur la chance, choix de la branche de droite, petit col, traversée vers la droite au pied de murailles évocatrices du versant nord du Pic des Tempêtes, remontée d’un couloir, traversée versant sud, petit col, et ascension d’une belle facette de neige raide. Les lecteurs de ce blog savent déjà que je ne suis pas un bon grimpeur (Vsup-6a), il seront heureux d’apprendre que je n’avais pas le souvenir d’avoir jamais tiré sérieusement des longueurs sur l’élément blanc, ce qui les renseignera sur mon niveau en glace. Je ne possède qu’un piolet, dont la panne est plus usée que la pointe.

Au sommet, on découvre qu’on est sur l’un des principaux sommets d’un massif comparable à la maladetta en plus grand (20 km de long? 30?): longue crête granitique bordée de très beaux glaciers à droite et à gauche, avec cette caractéristique andine des corniches-sécracs posés sur les sommets. On est à 5500m sous un soleil étincelant, l’amazonie à droite et l’altiplano loin à gauche, des pics assez farouches dominent de très nombreux lac, gourgs, boums, laquets, mares, Il n’y a pas de papiers gras au sommet, pas de cairns, de sangles effilochées, de coinceurs coincés sur les rochers qui dépassent, et on ne sait le nom de rien. Personne nulle part. Se reporter au comte Henry Russel ici pour lire quelques pages lyriques sur la blancheur des neiges, la lumière des hautes altitudes, l’élévation de l’âme etc, etc. Voici le croquis d’un croquis de cette cordillère trouvé sur internet. On est montés vraisemblablement sur le deuxième sommet à l’ouest du Pic Pedro. Course AD (neige à 50 degrés(?) sur 200m.). m3

L’accès à ce genre de montagnes passe par 27 km de piste où l’on aimerait pouvoir mourir de peur une bonne fois pour toutes, et pas à chaque virage. Étonnamment, j’ai pris le volant à la descente et ça ne m’a plus rien fait.    

Voici un croquis de la marche d’approche depuis la Mina Argentina: m2C’est là toutes les informations que je puisse donner. Avec la meilleure volonté du monde, je ne sais rien de plus. Il n’existe à ma connaissance pas de cartes du massif. La jolie bolivienne portée sur le croquis n’y était déjà plus à la descente, et c’est bien dommage. Il n’y  pas d’alpinisme dans le massif, mais la présence des mines et de nombreux petits barrages hydroélectriques font que de nombreux chemins mènent d’un vallon à l’autre, d’un lac à l’autre. On lit sur internet qu’il y a des possibilités de randonnée, et ce n’est pas étonnant. Si je retourne en Bolivie un jour, je retourne dans la cordillère de Quime.

J’ai découvert ceci cet été, à quoi je ne m’attendais pas: au-delà d’une certaine altitude, le désir de me diriger vers la montagne d’en face, désir si constant dans les Pyrénées, disparaît complètement: il y a trop de soleil ou trop de froid, c’est trop fatigant, trop loin, je ne sais pas, mais le sentiment corporel est qu’on y montera éventuellement une autre fois, mais pas dans une heure, on verra bien demain.

Et encore ceci, que je savais déjà en partie: les montagnes plus hautes ne sont pas plus intéressantes. On n’est montés qu’une fois sur une bosse à plus de 6000 cet été, et pour diverses raisons on a renoncé à l’Illimani, mais une de ces raisons est que la voie normale de cette splendeur qu’est l’Illimani consiste à monter très haut sur un tas de cailloux, avant d’aborder le glacier. Il faut un camp intermédiaire, voire deux quand on a loué une auto trop faible.  On ne peut pas vraiment improviser l’itinéraire. Après l’ascension, il faut se reposer. Ce n’est donc pas moins intéressant de jouer plusieurs jours de suite sur des montagnes de 5500 -5900m, où on peut se comporter plus librement: à vue de nez, sans voir personne, en campant à droite et à gauche. J’ai trouvé les glaciers boliviens très sains: lents, silencieux, très proprement crevassés, bien bombés, franchement délimités par rapports aux névés, aux moraines etc. Ça gèle bien fort la nuit, et quand on a compris de quel côté se forment les pénitents on a la belle vie. Le sort a fait qu’on n’a compris que le 19 août, la veille de reprendre l’avion, comment s’y prennent normalement les ascensionnistes dans les Andes: très grosses autos, porteurs, guides, cuisinier. C’est une façon comme une autre, mais sans faire du voyage organisé et sans renoncer à sa paresse naturelle on pourra rencontrer quelques journées idéales sur les plus belles montagnes du monde, sans toujours connaître leurs noms, comme ici.

 

 



Luchonnais, Pico de Estauas, Sacroux, traversée sud-nord.

pic d'estauas vu du nord

pic d’estauas vu du nord

Encore une escalade agreste et amusante.  Comme personne ne sait où se trouve le Pico de Estauas (moi par exemple j’en ignorais le nom jusqu’à la considération d’une carte chez l’ami google il y a trois minutes), précisons qu’il se situe sur la crête orientée nord-sud entre le Sacroux et le Mailh Pintrat. Dans ma cervelle, cette curiosité ardoisière était rangée sous l’appellation « aiguilles du Sacroux » et consistait en une série de triangles herbus et lichéneux qu’il pouvait un jour valoir la peine de visiter. Afin de ne pas passer une des rares journées de soleil et de gueule de bois de l’été dernier à ne rien faire, mon frère a fait mine d’être intéressé par l’excursion. Mine seulement, car je découvrirai à la montée qu’il n’a pas de chaussures convenables avec lui, ni même de chaussettes (alors que moi, avec mon orteil fracturé, je fais des efforts au niveau de la tige et des semelles), et à la descente que son fond de sac est constitué d’une serviette-éponge, d’un slip de bain et d’une savonnette écologique! C’est que j’ai dit au petit déjeuner qu’après un lac que je supposais qu’il connaissais on tournait à gauche vers la crête, et… son esprit s’est arrêté au mot lac.

Et par bonheur, comme on n’est jamais mieux sauvé d’un malentendu que par un autre, il n’y avait pas de lac caché dans le repli de terrain où mes souvenirs en plaçaient un, mais seulement une file de petits cairns qui montaient comme une chêvre entêtée vers le col où commence l’ascension. Mais décrivons: 

On se gare au bout de route qui donne accès à la vallée de Remuñe, juste au-dessus du Plan del Hospital en vallée de Vénasque. On prend le chemin du lac des Gorgules. Au moment où ce chemin traverse le torrent de Gorgules, le quitter et remonter le lit de ce torrent (vallon, puis ravin) jusqu’à parvenir au Port-Vieil (2632m). On parvient à ce col, depuis la France, par la vallée du Lys et les lacs Bleu, Charles, Vert, Célinda etc. On est dominé au sud par un imposant bastion granitique que projette le Mailh Pintrat. La course va vers le nord: quelques dents faciles, une pente d’herbe, mènent à un sommet où tout d’un coup l’arête devient fine et purement rocheuse. Quelques aiguillettes en ardoise parfois excellente et quelques talus de blocs plus tard, on descend dans une brêche austère au pied d’une grande facette triangulaire. Ce n’est pas raide et on passe la chose en une longueur de 50m en II et III. Un peu plus haut, on est au sommet de l’Estauas. 

Descendre vers le nord des gradins redressés mais faciles. L’arête redevient étroite et un ressaut vertical s’évite par une cheminée versant espagnol: descendre à peu près 20m dans la cheminée, puis rejoindre le fil au nord (III, un pas de IV). Quelques gendarmes encore, puis on rejoint un terrain granito-herbeux facile jusqu’au Sacroux.

Tennis, quelques coinceurs et friends, sangles. 2h. de traversée. Redescente par la voie Normale du Sacroux, au sud-ouest vers le lac de Gorgules pour l’espagne, et vers la vallée du Lys par une longue vire herbeuse qui traverse la face est du sacroux vers un épaulement qui ramène à des lacs parlant français. 

2014-08-10 16.24.17 2014-08-10 15.59.45 2014-08-10 15.13.28 2014-08-10 14.28.39 2014-08-10 14.28.20 2014-08-10 14.24.36

Sacroux, estauas

Sacroux, estauas



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