Luchonnais, Pic de la Mine, arête nord (bec de corbeau)

Que faisiez-vous en 1911?

Qu’auriez-vous fait de votre été, avec un brin de chanvre et sans congés payés? Un petit tour au Pic de la Mine? 

Le Bec de Corbeau offre un spectacle moins explicable que le surplomb en face ouest du petit pic d’Ossau, mais est tout aussi attachant. Un ramonage somme toute aisé mais vertical  et exposé, au terme duquel on ne peut pas mettre le pied sur l’aiguille la plus haute, c’est vraiment à la hauteur! 

Mais reprenons les choses dans l’ordre:

Départ le soir de l’Hospice de France, bivouac sur une terrasse d’herbe au-dessus des brumes. On a rejoint le col de la Frèche sans se préoccuper des deux pointes de gauche. Montée au petit corbeau à toute crète, brève désescalade et traversée de quelques dalles ensoleillées en direction de la faille qui sépare en deux l’aiguille du bec de corbeau. C’est cette faille que l’on ramone, d’abord assez près de sa lèvre nord, puis plus à l’intérieur. Le premier piton est assez haut, puis on en trouve dans l’0mbre deux ou trois autres. Excellent rocher. Relais sur la mandibule est du bec. J’en ai atteint la pointe, ce qui n’offre que l’intérêt de tester l’assise des blocs dessoudés sur place. Retour au relais, on pourrait presque sauter de là sur la mandibule ouest… On a préféré faire ce qu’il faut faire à cet endroit, à savoir un rappel,  puis traverser la faille vers le sud, puis un autre rappel.  

J’ai pas trop observé l’aiguille Morin avant de m’y lancer, ce qui fait que je ne suis pas certain d’être passé par le meilleur endroit: monté jusqu’à l’angle des facettes nord et ouest, j’ai franchi directement un surplomb pas commode du tout et en rocher fragile pour atteindre le dernier ressaut, parcouru d’une bonne fissure facile. 

Troisième rappel de la matinée, puis on a avalé les pentes schisto-herbeuses du pic de la Mine. Beau belvédère, descente par l’arête ouest où il ne faut pas du tout faire l’idiot, puis dans un couloir au nord vers les boums de Venasque. 

Course AD sup ou Dinf, IV sup max, faite avec quelques coinceurs et friends, des cordelettes, des sangles, deux pitons en réserve, et un seul brin de 50m. 

Bientôt un croquis?

 



Pic d’avellaners arête nord

Pic d'avellaners arete nordEscáner_20181013

 

En 1993 j’ai fait un tour dans le val de Besiberri. J’en suis revenu avec l’idée qu’il y avait un tas de cailloux au niveau du Besiberri central, et un autre sur un sommet plus au sud. J’ai visité le tas de cailloux du centre il y a quatre ou cinq ans avec mon frère et une corde de vingt-deux mètres, et j’en ai profité pour observer le tas de cailloux du sud. J’ai trouvé qu’il y avait un dièdre lisse à gauche d’une arête nord. Cela a suffit, avec la mention d’un Estany sur une carte, à emporter l’adhésion d’Erwan. Le sommet s’appelle Pic d’Avellaners, c’est un peu moins de trois mille mètres d’altitude et la course est une belle course, et le dièdre est un beau dièdre avec des pitons dedans.  

On atteint l’Estany de Besiberri en une heure trente depuis le refuge qui est à la sortie sud du tunnel de Viella, et de là à l’attaque, encore une heure trente.

Attaquer à gauche de la base de l’arête nord, rejoindre le fil puis revenir à gauche vers le dièdre. Le gravir (IV sup) jusqu’à un surplomb, le franchir et virer à droite dans une dalle pour retrouver le fil de l’arête (la dernière partie du dièdre est plus difficile, Vsup dirait Erwan). Suivre le fil jusqu’à un ressaut raide (IV et III, une longueur). Un autre ressaut plus court mais chafouin propose un pas de V mais doit pouvoir se contourner. 

On aborde le dernier ressaut nettement à gauche du fil de l’arête, pour gravir des dalles fissurées jusque sous le surplomb qui couronne le sommet. On sort à gauche. 

Belle course, comparable dans son caractère à l’éperon nord du Pic de la Badète de Labassa, mais avec moins de blocs et plus de torrents pendant l’approche, et une escalade plus variée. Descente vers l’est jusqu’au col, puis au nord par un couloir instable quand il n’est pas enneigé. J’ai vu depuis un relais un isard se casser la gueule dans ce couloir instable, rouler sur cinquante mètre, puis se relever et remonter la pente en courant, furieux.

Vingt-cinq ans avec l’idée de grimper à cet endroit-là, qui dit mieux? C’était amusant de trouver des traces de passage de type course classique à différents endroits (y compris, bien sûr, un spit imbécile à la sortie du dièdre). Une corde de 50m, coinceurs, sangles, quelques friends. 300m d’escalade, deux heures.



croquis face ouest du cylindre d’Estaragne

face ouest cylindre d'estaragne



Cylindre d’Estaragne face ouest.

face ouest cylindre d'estaragneLe Cylindre d’Estaragne, nommé aussi je crois Grand Pic des Halharissès, est un beau sommet granitique au milieu de l’aréopage Pic Méchant-Campbielh- Pic Long-Néouvielle. Il lui manque 4 mètres pour atteindre les 3000 et être assailli par les cordées revenues victorieuses de la voie normale de l’Ossau. Au début des années 90, lorsque les arêtes constituaient des motifs de courses, j’y étais monté deux fois, puis il a perdu tout intérêt jusqu’à ce qu’on remette les pieds dans le vallon de Cap-de-Long en 2013 ou 14: on s’est aperçu qu’il y avait une petite face ouest. Ça devient difficile de grimper après 35 ans: à l’été où on a la fracture de l’orteil gauche succède celui où on va dans les Andes, puis viennent les saisons de tendinite à l’épaule, de poignet froissé etc. L’été dernier j’avais un poignet faible, donc histoire de ne pas me lancer dans un truc à tout casser on a décidé d’explorer cette face ouest, puis de parcourir Maubic-Pic Long le lendemain. 

Bonne surprise: escalade intéressante, directe, au frais, et qui débouche au sommet. On attaque à droite du point le plus bas de la paroi, en direction d’un grand dièdre couché dont le pan droit est en surplomb. Rejoindre ce dièdre (III, puis un pas de Vinf), puis le remonter en naviguant dans la dalle lisse de son pan gauche (IVsup max.). Traverser une cheminée (qui raye la face entière en diagonale), puis revenir légèrement à gauche pour escalader directement une zone de dalles compactes par une cheminée peu marquée: exposé, mais excellent rocher, IVsup-V. Le terrain se couche: s’élever directement vers la crête sommitale (le sommet nord du Cylindre), II-III. Une nervure surplombante oppose un passage difficile, V. Continuer au mieux jusqu’au sommet.

On descend en suivant un moment la crête vers le sud, puis on l’abandonne pour un couloir sud-ouest. Après une quarantaine de mètres on franchit une arête secondaire vers le sud pour naviguer dans des cheminées qui mènent au bas de la paroi, et au col d’Estaragne. Un petit lac permet de se baigner 150m sous le col, l’eau y est meilleure que dans le réceptable des eaux du glacier époumonné de Pays Baché.

D, 280 m. d’escalade, très bon rocher, coinceurs et friends. 

 Cylindre des Halharissès face ouest IMG_20160810_110622 IMG_20160810_111315 IMG_20160810_132822 



Gourette, Rognon de Ger Oscaby- Lamamière

Rognon de gerVoici une face nord qui donne franchement à l’est : À onze heures du matin, on a l’assurance d’attaquer en plein cagnard. On n’avait qu’à se lever plus tôt, merci du conseil.

On attaque en direction d’un gros surplomb jaune très caractéristique, une boursouflure de la roche à 100m du névé. Grimper en appuyant à gauche: rochers fissurés, puis dalle compacte en IV sup, puis dalle facile, et on peut relayer sous le surplomb, qui prodigue enfin de l’ombre. Une petite dalle suspendue à droite permet de franchir la zone partout ailleurs impraticable. Joli passage (Vsup, deux pitons en place), très sain, après quoi on remonte des cheminées caillouteuses jusqu’en haut. Belle vue sur l’Amoulat depuis la brèche. 

Dsup 2 à 3h. d’escalade, coinceurs et friends, on peut emmener deux pitons. Prendre des photos au niveau du surplomb, car après on dirait les pierriers de la Peña Montañesa. 

IMG_20160814_105351IMG_20160814_135906 IMG_20160814_130401  



Puymorens, Pico de la Valleta, dièdre nord.

Pico de la ValletaIl fallait retrouver mon frère pas trop loin de son bateau à voiles, alors le Pico de la Valleta nous a paru être le seul bout de caillou identifiable à peu près à mi-chemin des 4 vallées et de la Méditerranée. On a eu besoin de consulter une carte pour savoir où garer la voiture, et on est allés camper dans le brouillard. J’étais plutôt intéressé par l’éperon, mais les copains m’ont déclaré aimer les dièdres, alors alla pour le dièdre.

Il n’y a pas grand chose à dire: le motif est très évident en l’absence de brouillard givrant, on attaque un peu à droite de la base et on grimpe directement dedans. La première longueur propose un court dièdre lisse : « Quand le serpent est vieux, disait une iranienne de mes amies, la grenouille l’encule! » Je ne sais pas pourquoi, je suis pas parvenu à m’élever dans ce petit dièdre, j’avais froid, c’était poisseux, bref: je suis tombé sur une grenouille et j’ai fait un crochet à droite.

Au-dessus, ça a filé droit vers le ciel. Le rocher est très bon. Assurage sur coinceurs et friends. Le marin avait fière allure, il ne s’est même pas hissé sur les drisses. Le crux est une cheminée verticale où on se souviendra avec profit des possibilités qu’offre l’opposition. On croise un grand nombre de pitons, dont plus de la moitié semblent plantés dans de drôles de directions. Dsup, 3h30 d’escalade à l’ombre. 

On descend par un couloir entre le pico de la Valleta et la pointe de la Vignole. Trop cons ou trop mal habitués, on n’est pas parvenus à identifier l’éperon nord de la pointe de la Vignole parmi une poignée de pointements sans grand caractère, et on est descendus se baigner dans un petit lac. 

Pico de la valleta sortie

IMG_20160821_183847



Marcadau, Pic Falisse, éperon Nord-est

Pic FalisseJe suis un spécialiste du Pic Falisse: en 1996, j’ai remonté seul et en tennis la paroi qui est à gauche de cet éperon. Je me souvenais bien de l’arête ornée de petits clochers qui unissait la pointe où aboutit cette paroi au sommet lui-même. Je ne pensais pas repasser par là vingt ans plus tard! Il a fallu l’attrait d’une voie Ravier et un mensonge pieux de Passages Pyrénéens (« belle voie en excellent granit… »).

Erwan s’est mis à marmonner dans la deuxième longueur. Il serait redescendu! J’ai développé au niveau du gendarme une théorie inconnue pour moi cent mètres plus bas: grimper dans un rocher très délité, c’est comme résoudre des mots croisés ou des sudokus: on essaye patiemment toutes les solutions qui s’offrent jusqu’à trouver la bonne. Comme je ne pars pas en vacances avec Télé7 jeux mais avec un breton et un jeu de coinceurs, j’ai passé un très bon moment sur cet éperon qui favorise le mutisme et les opérations algébriques autour de trois points d’appui Mystère à découvrir à chaque pas.

Deux solutions s’offraient en bas, à gauche ou à droite d’un renfoncement noir. J’ai pris sur le petit éperon de droite, plus raide mais plus court que celui de gauche. On arrive en deux longueurs au gendarme. Au-dessus du gendarme, le fil de l’éperon me paraissant mauvais, j’ai choisi de gravir juste à droite une cheminée de schiste rouge verticale (V) mais solide, dont on sort à gauche. Ensuite, sur le fil jusqu’au sommet de l’éperon, puis l’arête aux clochetons jusqu’au Pic Falisse.

D. IV et V pour les 150 premiers mètres, puis III et IIIsup. (2h-2h30). Puis traversée d’arête en schistes variés (45mn). On a mis 3 heures en tout, sans pause casse-croûte parce que le ciel prenait une drôle de couleur crémeuse. Je ne me souviens pas avoir vu de matériel en place, hormis une sangle de rappel dans le bas. On a fait la voie sans pitons, mais avec un jeu de coinceurs et friends. 

 IMG_20160817_083740 IMG_20160817_101906 IMG_20160817_112835



Taillante de Maleshores

P1080219 P1080220 P1080217 P1080218

 

Il faisait beau, mais Jean-Christophe a déprimé, alors on s’est échappés par le versant ouest de ce qui devait être la dernière grosse brèche, au pied d’un ressaut qui avait enfin l’air d’un granite à grimpeurs. Le topo de Passage Pyrénéens, qui a le mérite de signaler l’existence de cette assez longue arête, décrit en fait seulement le cheminement du premier ressaut (qu’il serait possible d’éviter par le versant est). Je crois me souvenir qu’il y est fait mention d’un pin, mais cet arbrisseau est tout sec, et peu visible d’en bas.

Passé le premier ressaut (deux longueurs), on remonte une arête végétative et débonnaire un long moment, puis ça devient effilé, avec gendarmes, taillantes, cheminées etc. Un ressaut triangulaire en rocher blanc plutôt compact se franchit en suivant une vire vers la gauche; puis on gravit quelques mètres une fissure pas franche qu’on abandonne pour un dièdre vers la gauche. En dehors de ce passage délicat (exposé), pas de problème particulier jusqu’à cette brèche où on a désescaladé vers la droite pour descendre nous baigner dans une brume glaciale. L’après-midi a enfanté un fort bel orage.

J’y retournerai un jour? Un seul brin de 50m, quelques coinceurs et friends, j’ai mis les chaussons au début et dans le crux en granite blanc.



Vignemale, face nord classique

vignemale, face nord classiqueJe viens de me souvenir d’une conversation amusante que j’ai eue avec Erwan le jour où on gravissait l’éperon nord de l’aiguille des Glaciers: on ne s’était pas levés trop tard ce jour-là, mais quand on a commencé à marcher, on a pu s’intéresser à l’existence de deux petits points noirs qui se promenaient déjà sur la moraine en direction de la face nord classique. Le temps qu’on négocie une petite barre rocheuse en marbre poli, et les points avaient disparu! Quelques instants plus tard, pendant que je grimpais la première longueur, j’ai entendu des clameurs qui provenaient du glacier de Gaube, vers lequel j’ai tourné plusieurs fois la tête, mais sans rien voir. Une longueur plus haut, je me suis diverti en observant les évolutions de deux grimpeurs sans crampons ni piolets dans la rimaye de la face nord, vraiment bien divertissantes parce que la neige avait bien gelé ce matin-là. Erwan, qui s’occupe généralement de tout ce qu’on veut en montagne, sauf de lever la tête vers le grimpeur chargé de trouver un relais en bout de corde, s’est fait un plaisir de me détailler, en me rejoignant, les aventures de cette cordée qui venait de progresser sous le glacier pour reparaître dans la rimaye du côté de l’attaque de l’éperon nord. Notre conversation amusante a eu pour sujet l’existence d’une nouvelle discipline alpinistique, qui consisterait à remonter les glaciers par-dessous, et la nécessité où l’on se trouvait, dans un monde en perpétuel changement, de s’abonner à des magazines spécialisés pour ne pas tomber des nues comme on était en train de le faire à la découverte des nouveaux comportements en vogue.

La présence d’un tunnel sous le glacier – et son utilisation – m’ont été confirmées par un grimpeur très sérieux cet été, donc je la mentionne. Malheureusement, ce tunnel ne mène pas (pas encore…) au filon d’ophite de l’attaque de la face nord classique, et emporter une paire de crampons pour l’approche reste une bonne option: car suivre une rimaye gelée sur plus de cent mètres par des mouvements d’opposition de bon matin, c’est amusant, mais c’est un coup à se couvrir de bleus et d’éraflures, et si on a prévu de faire le beau sur les côtes landaises en fin d’après-midi, la chose présente des inconvénients.

J’ai gravi deux fois la face nord de la Pique Longue. La première fois, en 2001, avec Erwan, on a réalisé l’enchaînement suivant: 1er jour: dièdre nord de la Forcanada. 2ème jour: liaison en voiture, montée à Gaube. 3ème jour: éperon Nord-ouest de la Pointe Chausenque. 4ème jour: face nord de la Pique Longue. Pourquoi une telle rage? On venait de découvrir sur la Castagné-Vergez qu’il nous était possible de gravir des longueurs de V et de sortir victorieux d’une cotation TD, alors on a décidé de régler immédiatement des comptes avec quelques motifs qui nous excitaient terriblement. Ce ne furent pas à proprement des journées d’initiation, parce qu’on avait dans les années 90 parcouru plusieurs dizaines de kilomètres d’arêtes de toutes sortes et de paroitelettes en AD ou D, et nous en étions ressortis vivants et avec les pieds très sûrs, mais ce furent quatre jours employés à changer de dimensions, ça oui. Voici sans fausse honte quelques péripéties sur cette « reine des pyrénées dans cette difficulté, incontournable » (dixit Passages Pyrénéens, si ma mémoire est bonne).

En 1996, on avait déjà attaqué la voie, mais la présence d’un train de nuages en vallée de Gaube nous avait décidés à faire demi-tour. Il avait pourtant fallu quelques efforts pour atteindre ce premier relais, puisque la rimaye très ouverte ne permettait pas de toucher le rocher: j’ai fait champignon de neige, rappel de 12 mètres dans la rimaye, relais suspendu 5 mètres au-dessus du niveau du glacier, équipement à la va comme je te pousse suspendu n’importe comment, et escalade en grelottant de la première longueur.

En 2001, la neige touchait le rocher, et c’est Erwan qui a attaqué. Comme on ignorait en ce temps-là l’art de la progression corde tendue en posant des points, on a sagement fait des longueurs en réversible. Cette façon de procéder n’est pas forcément lente, mais le réversible, que nous avons pratiquement abandonné aujourd’hui, présente avec Erwan un inconvénient: il m’accueille toujours au relais par ces mots: « j’ai bien observé le terrain, c’est par ici à gauche, etc ,etc. » Moi qui viens de grimper à la vitesse de l’essoufflement 50m en second, je repars en tête sans trouver le temps de réfléchir vers la cheminée quelconque qu’il m’indique, l’éperon suspendu caractéristique, la fissure mouillée du topo, la dalle d’inclinaison variable, et je débouche plus souvent qu’à mon tour sur les capacités de fourvoiement de mon compagnon de cordée. Ce jour-là, trouvant sans doute qu’après quatre longueurs le terrain se couchait trop, et qu’un vague rocher au-dessus devait être la base de l’arête intermédiaire, il m’a envoyé vers la gauche. J’ai fait relais au pied d’une dalle qu’il n’a pas osé franchir, et je me suis collé une longueur que je crois encore avoir été l’une des plus incertaines de toutes celles que j’ai pu tirer. Très raide, sur un rocher pas très bon, pas bien protégeable, avec un final dans des blocs surplombants pas très bien agencés. Chaque fois que je dévisage une photo du massif, mes regards se reportent à cet endroit qu’une discète coulée noire ne signale qu’à ma seule curiosité. Je n’ai pas eu peur, car je ne grimpe pas pour le plaisir d’avoir peur, mais j’ai été très concentré, et passablement furieux sur plusieurs dizaines de mètres. J’ai débouché assez près de l’arête intermédiaire, dans un confortable cirque blanchâtre, dans l’axe du filon d’ophite qui permet d’atteindre le fil de l’arête. Il y avait là, seule, incongrue, une grosse plaquette en aluminium de l’UCPA, vissée à mort.

La suite a déroulé sans problème, je me suis juste ingénié à truquer les longueurs de corde dans le but d’envoyer mon compagnon dans l’un ou l’autre des crux en IVsup qui sont signalés par De Bellefon dans les 100 plus belles, sans y parvenir, bien évidemment. Tout énervement évacué, on a atteint les schistes rouges où aucune nécessité de perforation spitifiante ne sautait au visage de l’excursionniste (qui, je veux dire quel tourneur-fraiseur contrarié, a amené une perceuse à cet endroit entre 2001 et 2009?). En débouchant sur l’arête de gaube, je me suis rendu compte qu’on avait dû attaquer tard et ne pas aller vite, et grimper comme des somnambules fatigués, parce que le soleil, jaune d’or, aveuglant, était à la hauteur de mon épaule. Ça avait été une journée magnifique, dont il est vrai qu’on a pu en passer la moitié à contempler l’éperon de la Pointe Chausenque qu’on avait parcourue la veille. On ne savait pas qu’un petit crochet à droite permettait d’éviter le dernier mur sous le sommet de la Pique Longue, et Erwan qui cachait des réserves se l’est envoyé fort joliment. Il ne faisait pas tout à fait nuit quand on est arrivés à la tente entre les blocs de la Villa Meillon, et on a été contents de retrouver étalé sur le sol, dans le désordre dont des pyrénéistes pas éveillés ont le secret, tout ce qui nous avait manqué dans la journée: deux pulls, une gourde, un marteau, et l’appareil photo. Mais peu importe que nous n’ayons pas pris de photos ce jour-là, car les deux pellicules de notre enchaînement de 2100m d’escalade en 4 jours ont été posées sur le toit de la voiture au Pont d’Espagne par mon compagnon destiné à ne jamais en manquer une, et qu’elle doivent toujours s’y trouver depuis le démarrage.

 

En 2007 ou 2008 je suis venu à Gaube avec Jean-Christophe et un fort désir de grimper avec lui cette belle voie, mais il a plu le premier jour et plu le deuxième. Jean-Christophe a découvert le yoga dans l’herbe détrempée des Oulettes le premier jour, et moi une petite variante à l’éperon nord du Petit Vignemale le deuxième. Ce n’est que le troisième jour que jean-Christophe a vu les parois du Vignemale, pour la première fois de sa vie, dans un lever de soleil pimpant, anticyclonique et pur. Mais alors là il les a VUES et il n’a plus parlé que de ça pendant un an. Donc l’année suivante, alors que moi j’avais, bizarrement, moins envie y retourner, on s’est à nouveau retrouvés à Gaube.

2008 ou 2009 donc.. Quand j’ai allumé le réchaud et passé la tête à la porte de la tente, j’ai vu deux petites lampes qui étaient déjà sur le glacier, à quelques pas du filon d’ophite. Deux heures plus tard, alors que j’étais déjà dans la deuxième longueur, j’ai entendu d’horribles hurlements, accompagnés de coups sourds. J’ai vu passer quelques blocs de taille moyenne, puis j’ai attendu patiemment que les corps suivent, car les hurlements continuaient et je ne doutais pas que la cordée qui nous précédait était en train de dévaler. Mais rien: même les hurlements cessèrent. On est repartis corde tendue, et là on est allés plus vite qu’en 2001 (et sans se tromper bêtement de cheminement!), mais j’ai trouvé ça fatigant. J’ai vu deux stars du pyrénéisme progresser avec cinquante mètres entre eux et le ou les seconds, en posant des points tous les 15-25 mètres, alors parfois je fais pareil, mais ce jour-là au Vignemale j’ai trouvé que l’inclinaison de la paroi est si moyenne que le frottement de la double corde sur toute cette longueur, c’était pour moi comme tirer un arbre. Arrivés à l’arête intermédiaire j’ai réduit la longueur et refilé une partie de mon sac à JCL, et ça allait mieux. On a rejoint la cordée qui nous précédait, et j’ai compris que j’avais affaire à un jeune guide aragonais et son client catalan, un homme d’une cinquantaine d’année et d’une grossièreté effrayante. C’est lui qui avait hurlé le matin, pour nous annoncer la chute des quelques blocs que j’avais vu passer, mais il l’avait fait d’une façon inouïe. Très énergique, il ne s’exprimait qu’en criant, même quand on était à un mètre de lui, et des blocs, il en faisait tomber tous les trente mouvements. Nous avons prudemment fait une pause, afin de sortir sur l’arête de Gaube sans les avoir au-dessus de nos têtes.

Manque de bol, on les a encore rattrapés sur l’arête de Gaube, et j’ai eu droit à de nouvelles vociférations de la part du client, pleines de sollicitude au demeurant: il cherchait à m’indiquer la présence d’une cordelette à un endroit où il n’y en avait pas, et où au demeurant je n’en cherchais pas. Excédé par ce bonhomme et assez excité à l’idée de coiffer au poteau un guide parti avec tant d’avance sur moi dans une voie comme celle-là, j’ai tiré mon Jean-Christophe vers le petit crochet à droite qui permet d’accéder facilement au sommet, et on a eu le temps de se mettre pieds nus avant leur arrivée.

Magnifique itinéraire, merci Henri Barrio. On avait emmené quelques pitons en 2001, mais sans en mettre (alors qu’on en avait posé deux ou trois à la Pointe Chausenque la veille). Avec jean-Christophe, je n’avais que des coinceurs et friends. Il y a des pitons plus ou moins en bon état un peu partout en place. J’ai grimpé les deux fois en chaussons, avec la même paire de chaussons confortables. On est au soleil toute la matinée, parce que c’est une face nord très orientée à l’est. J’ai toujours fait l’approche avec des crampons et un piolet pour deux.

 



Luchonnais, Pic de Boum, éperon sud et Mailhs Barrat et Pintrat.

DSC_0768bBivouac en vallée de Remuñe. Au-dessus de l’ibonet de Remuñe, remontée vers la base de l’arête sud du Mail Barrat, et traversée de névés vers l’ouest en direction de la base du court éperon sud du Pic de Boum. Vingt minutes d’escalade amusante (III, un ou deux pas de IV) conduisent au sommet, dans un mélange de granite et de schiste rouge. AD.

On est descendus vers le Mailh Barrat, afin d’en gravir la facette nord-ouest; intéressante petite muraille de schiste rouge, ADsup ou D: au-dessus du névé, on a suivi une vire horizontale vers la gauche, puis gravi la face gauche d’un dièdre vertical (15m., IV-V, pâquerettes), puis franchi une dalle à gauche en granite (IV), puis atteint des cheminées de sortie en assez moyen rocher, pour déboucher à cent mètres à gauche du sommet du Mailh Barrat, qu’on a rejoint par une arête amusante et facile. On s’est réencordés sur la crête vers le Mailh Pintrat, dans une petite brèche intimidante. Du Pintrat, on a longé en contrebas, versant nord, une crête en beau granite, pour franchir une brèche à peu près au point le plus bas avec une désescalade délicate versant sud (III, un anneau de rappel en place sur un becquet). Tout ceci a été entrepris en fonction d’observations faites la veille depuis la descente du lac d’Albe. Crampons mais pas de piolet, une corde, quelques coinceurs et friends.

 DSC_0771b DSC_0772b DSC_0774b



12

CHEZERY MULTISPORTS |
MULTIBOXING |
karatedo |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | admingrimptout
| Périers Sports Football
| ASSOCIATION TAEKWONDO CLUB ...