La Bolivie en 2015 – Parinacota, comme pas prévu.

parinacota bolivieUn tour au Pomerape faisait partie des menaces émises par Erwan après sa visite au Parinacota en 2014, alors on est partis faire un tour en auto vers le col qui sépare ces deux volcans. On avait prévu des gros sacs, avec une corde et de la flotte et des habits chauds, et un sachet de haricots verts, dont la couleur commençait à me sembler exotique après une semaine dans ce monde sans arbres ni buissons.  

Manque de chance, la petite auto s’est ensablée dans le premier tas de cendres qui s’est présenté à nous, et on a bataillé un un bon moment pour faire demi-tour et revenir en arrière. Très utiles les piolets en 4×4. On a essayé par une autre branche de la piste, et là impossible de franchir la côte. Il faut dire que le Jimny est un véhicule à 4 roues motrices dont le moteur est conçu par un fabricant de solex. 

Refaire les routes ça creuse, alors le temps qu’on mange et qu’on refasse les sacs, il était l’heure de monter en courant vers le col si on voulait monter quelque part plus haut le lendemain. On a abandonné la corde et le petit matériel, et en avant Guingamp! Pénible avalage de kilomètres avec le soleil dans les yeux. Il s’est mis à faire nuit quand on arrivait au panneau du parc, au bout de la piste (mais des traces de gros pick-up à pneus larges poursuivent dans le sable jusqu’à un refuge situé je crois à 5200m). Silence magique des pas dans le sable, avant l’apparition de la lune. J’ai posé la tente un peu au-dessus de 5000m, et j’ai équeuté mes haricots verts. Il faisait tellement froid que je ne savais pas si dans l’obscurité je sectionnais des bouts de haricots ou de doigts, de mes doigts à moi, à petits coups de canif. Erwan est apparu pour la soupe dans un mutisme poussiéreux, et on a dormi comme des crottes de chat dans la litière volcanique. 

On avait donc choisi, au milieu de nos malheurs, d’abandonner la face sud du Pomerape, pour se contenter de la grosse tétine du Parinacota: bonne idée, car au lever du soleil quand j’ai vu la physionomie de la face sud du Pomerape il m’a semblé que ce n’est pas une ascension qui s’improvise tout à fait. Mais j’ai beaucoup aimé cette physionomie. On a fait une bonne équipe ce jour-là: moi malade du fromage de Sajama jusqu’à l’aube, lui égaré dans l’obscurité, puis moi requinqué au lever du soleil et lui essouflé. On s’est séparés au milieu d’un tas de pierres, et je suis parti avec la consigne de mettre le pied sur la neige le plus tard possible. Excellent conseil. Car la neige, la coupole immaculée du Parinacota, était en ce dernier jour de juillet un éprouvant karst de pénitents mal foutus. C’est au prix d’une gesticulation absurde et éreintante qu’on clapotait en direction du haut. Au bout de huit mètres je me suis senti aussi loin du bas du névé que du bord du cratère. C’était vraiment pas les vacances ça, et j’ai fait provision d’humeur massacrante pour une existence de nonagénaire. J’ai enrhumé un groupe (deux guides, trois clients) dont les lumières nous guignaient dans la nuit quelques heures plus tôt.

Sommet, 6300 mètres de haut paraît-il. Énorme cratère dont il faut faire un quart de tour. À la descente j’ai eu la surprise de découvrir que mon Erwan était 100m sous le sommet, en train de dépasser nos camarades galériens du jour. Je suis remonté avec lui, bavardant gaiement, tout à fait réconcilié avec le pénitentier du Parinacota. Puis, quinze mètres sous la lèvre du cratère, il a dit tout d’un coup: « allez, on descend, moi je connais déjà! ». Consternation du guide le plus proche. Deuxième consternation quand au lieu de descendre par où on était montés Erwan m’a tiré par la manche vers des belles plaques de névé lisse et gelé, un peu au nord-est. Troisième consternation quand après une petite ramasse Erwan s’est assis dans la neige et a sorti les crampons de son sac: « quoi? ça fait trois heures qu’il est ici sans crampons ton copain? » 

C’est ainsi. L’homme qui est arrivé 30m. sous le sommet du Mont Perdu pieds nus et 50m sous celui du Parinacota avec des semelles de caoutchouc a mis ses crampons et nous a trouvé une belle descente sans pénitents, dans des pentes prononcées et lisses, qui nous ont menés à un petit ravin où le terrain reprenait de la rugosité. Vers 5400m on a repris contact avec du pierrier: « Ça au moins je connais » j’ai dit. Pas tout à fait: ce pierrier assez sableux était le plus meuble, homogène et facile que j’aie jamais vu, un pierrier de Jeux Olympiques (comparable à la veine de sable du volcan Paricutín, au Mexique), et il est la raison pour laquelle on ne doit pas entreprendre de monter par là où on est descendus. Donc: montée par un épaulement au nord du sommet, et descente au NNE en ligne droite du cratère au refuge (qui n’est pas tout à fait bien placé sur mon croquis).

Le guide a eu droit à une quatrième consternation dans sa journée: un peu avant notre demi-tour subsommital je lui ai expliqué nos malheurs avec l’auto, et il m’a proposé, pour nous faire gagner du temps, de nous descendre en pick-up, on n’avait qu’à l’attendre au refuge. Il ne prévoyait pas qu’on descendrait à notre lieu de camp en courant, qu’on referait nos sacs comme des grimpeurs en maraude, qu’on trotterait jusqu’à notre auto et qu’on descendrait se baigner dans les eaux chaudes avant qu’il n’ait rejoint son refuge. On finissait de dîner à la meilleure table de Sajama quand on a vu ses phares briller dans les pampas sous le Parinacota. Le métier de guide sur les 6000 boliviens doit être fatigant à la longue.

Voici le seul délassement offert au pays où l’on ne marche pas en short: un agreste bassin alimenté par les sources chaudes de Sajama pampa, à la délicate  odeur d’oeuf pourri. Le bassin qu’on a fréquenté est 500 ou 600 m. en aval des bains aménagés. Introuvable, mais Erwan a décidé d’y prendre ses habitudes. Chaque soir: potage d’andiniste!

m5



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