Gavarnie, Mont perdu, Eperon des Esparrets

esparretsperoncopycopy.jpgesparrets.jpgLe versant Nord-est du Mont Perdu, enfin tout ce qui se trouve à l’est du Col Oriental, est une splendeur, c’est à dire un vaste tas de cailloux et de névés sales et peu fréquentés. « C’est vrai que j’ai eu la chance…  » (comme on dit à la télé quand on aborde le domaine de l’intime sans que personne ne l’ait demandé)  de parcourir à plusieurs reprises ce versant, après qu’une première fois, en 1993, j’avais mis le nez sur le Col Oriental, et gravi le Mont Perdu par là (faisant connaissance avec le dernier pas casse-gueule de l’Eperon des Esparrets) : en 1995 à la redescente de la Face nord, on est passés par là pour rallonger la sauce. En 1998 lors de la Traversée des Pyrénées avec Erwan (une traversée qui est passée par tous les coins infréquentables de la chaîne entre Gavarnie et le Vallier). En 2003 à la recherche de l’éperon des Esparrets, en 2005 lors de l’ascension de cet éperon, en 2007 un jour que je venais de Gourette et du Vignemale et qu’il m’était passé par la tête de gravir les deux monticules  recensés dans le livre sur les « 3000 pyrénéens », et qui sont au nord de la Soum de Ramond, et qui sont assez dangereux. En 2008 encore avec Erwan, au cours d’une journée intéressante: ayant dormi en contrebas de la Tour de Gaulis, on a commencé par monter nos gros sacs à la Punta de la Olas, avant de les poser au col de Niscle. De là, on est partis en short et tee-shirt visiter pendant quelques heures (il faut un peu de temps…) les Tres Marías. retour aux sacs, et redescente en faisant prudemment la course jusqu’au plateau de Tuquerouye, par la petite cheminée qui est à l’angle nord-est des Esparrets, qu’on commence à bien connaître, et remontée au col des Astazous, et descente à l’Hôtel du Cirque à Gavarnie. On avait des sacs pas mal lourds et ç’a a été fatigant, mais le lendemain il a fallu que je grimpe aux Sarradets. Bref.

Bref: j’ai plus d’une fois remarqué que le but en montagne a moins à voir avec le climat qu’avec la forme. Quand on a buté au pied de cet éperon en 2003, il faisait un grand soleil, et UN SEUL petit nuage tout blanc stationnait au-dessus de la Soum de Ramond. On a décidé qu’il allait y avoir de l’orage et on a rebroussé chemin. Ce qui est une idiotie si l’on veut, parce que l’approche de cette course est plus pénible que la course elle-même. Bon, on avait accumulé une certaine fatigue, et le soleil tapait trop fort.

Mais deux ans plus tard, on a fait la course littéralement sous l’orage: venant de la Maladetta, il nous avait fallu la journée entière pour faire la liaison (journée consacrée à la recherche d’une tente dans tous les magasins de Pau entre autres), et on avait découvert dans l’obscurité complète la forme de cette tente neuve à minuit sur le plateau de Tuquerouye. Le lendemain matin, on a caché les affaires sous un bloc et on est partis sous les nuages. À l’attaque, pluie fine de gouttes et grêle de blocs envoyés par Erwan sur moi pieds nus dans la cheminée. Un peu avant le petit rappel, première giboulée brève. Dans le grand dièdre en IV et V: deuxième giboulée. Sur la taillante: soleil dont on se serait bien passés, parce que c’est très aérien tout autour et en dessous. Ce petit rayon m’a permis de constater à quel point le choix des ouvreurs (Ravier) a été judicieux: les éperons parallèles, à ce niveau-là, paraissent parfaitement croulants, notamment un éperon gris au sud. 

Au col oriental: re-gouttes, puis dans le passage de la barre qui donne accès aux pentes sommitales du Mont Perdu, gros orage de grêle. On s’est pelotonnés contre une barre rocheuse pendant une heure et demie d’éclairs, protégés par des sortes de sacs poubelles en forme de capes que j’avais achetés aux arènes, à Mexico, sous un climat équivalent. Au sommet: Grand Soleil et solitude complète. À partir du Col du Cylindre, à la redescente, et pendant les 36 heures qui suivirent, le temps fut occupé par la chute de huit millions d’hectolitres d’eau fraîche et légère par millimètre carré. Quand on est ressortis de la tente, après deux nuits et un jour à dormir et manger et s’ankyloser dessous, ça a été pour monter au pied de la face Est du Cylindre et décider qu’on n’y monterait pas : il faisait un froid de canard. Si on m’avait dit qu’il faudrait gravir cette paroi sous un soleil épouvantable sept ans plus tard, j’aurais été bien surpris. Il me semble en tous cas que c’est ce jour-là qu’on a gravi le Doigt du Mont Perdu, puis couru au sud du sommet vers la Tour de Gaulis, puis qu’on est rentrés aux Gloriettes mourir de faim dans une vallée où tout était fermé, restaurants compris.

C’est ainsi que derrière les petits schémas que l’on trace à propos des voies d’escalade se taisent (ou pas, comme ici) des situations retorses, des coups de sang, des renoncements, des recommencements, toute un potage d’existence aventureuse qui nous fait aimer au-dessus de tout le parcours de ces itinéraires pleins d’herbe ou de boue noire de la chaîne pyrénéenne.

On atteint le pied de l’éperon des Esparrets, depuis Tuquerouye, en franchissant le torrent qui draine le pied de la face nord du Mont Perdu. Au pied des murailles nord des Esparrets, on suit jusqu’au bout un balcon de pierrailles qui franchit l’angle nord-est de ces murailles. On passe sous une grande dalle accolée, et un peu plus loin on se trouve en haut d’une cheminée ouverte à l’est. Il y a un ou deux pitons (rappel possible): mais ça se désescalade très bien, 20m. dans la cheminée, puis on en sort par la gauche (rive gauche, 1 piton) pour trouver une autre cheminée parallèle (cette autre cheminée peut se parcourir depuis le haut mais elle est plus délicate, avec des blocs coincés). On remonte ensuite des pentes herbeuses vers l’éperon qui nous intéresse, qui est flanqué d’une grande plaque noire à la base. Il y a un emplacement de bivouac (murettes) cent mètres sous l’attaque, on doit pouvoir le rejoindre depuis Pineta. 

On commence l’escalade à gauche de cette plaque, dans une cheminée bien marquée que l’on suit vers la droite. Au-dessus, des gradins, des dalles, un peu de tout, mènent vers la gauche au fil de l’éperon qu’on suit constamment jusqu’à un ressaut lisse et en excellent rocher qu’on gravit sur le fil. Un petit rappel (8m) conduit à une brèche. 

Atteindre et remonter une fissure-cheminée à droite, franchir un gros bloc coincé (V), et tirer vers la gauche pour entrer dans un grand dièdre régulier, raide et en très bon rocher. On ne suit pas ce dièdre jusqu’en haut, mais on le quitte pour relayer sur une excellente terrasse à gauche. Au-dessus, continuer sur le fil de l’éperon jusqu’à la taillante spectaculaire qui marque la fin des difficultés: passage très aérien, peu difficile (on n’a pas osé se tenir debout – on appréciera toutefois la connaissance parfaite qu’a Erwan des classiques de l’édition pyrénéenne, puisqu’il mime, sur notre photo, la position d’un des grimpeurs de l’ouverture dans celle des Cent plus belles). Une cheminée conduit aux épaulements des Esparrets. On peut se décorder jusqu’au col Oriental. 

On franchit une barre rocheuse en attaquant à gauche et un peu en contrebas du Col Oriental, par une fissure diagonale. On franchit au mieux le mur raide au-dessus, puis un autre, et on peut à nouveau ranger la corde pour parcourir les épaulements orientaux du Mont Perdu.

D (Dsup?), quelques coinceurs et friends. Pitons inutiles. 

 

 



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