Gavarnie, Tour de Gaulis, arête nord. Et la vie des bordelaises.

gaulis1gaulis2Le curieux de passage trouvera que la Tour de Gaulis ne mérite pas qu’on lui consacre un article, et l’habitué estimera qu’il n’y a pas d’urgence pour un sujet pareil, mais moi il me semble qu’il faudrait que je perde l’habitude d’égarer plus de trois mois le mot de passe de ce blog. Un coup d’oeil jeté à la liste des courses qui sont recensée dans la colonne de droite, liste dont j’ai prudemment exclu les innombrables randonnées qui m’ont conduit pour le plaisir sur les trois quarts des pentes invivables de la chaîne saura fixer le collectionneur de belles escalades sur les ressorts de ma pratique pyrénéistique: je vais voir les motifs qui pour une raison ou pour une autre, ou sans raison identifiable, me captivent, avec une aptitude chaque été plus grande à l’improvisation, un sens du pittoresque toujours plus émoussé, et une indifférence au niveau des courses qui est totale jusqu’au TDsup, car cette cotation m’invite toujours à penser à autre chose qu’à ce à quoi elle se trouve associée. La Tour de Gaulis est un fantasme né dans les pages d’un guide Ollivier en 1985 et scrupuleusement entretenu par la conversation d’Erwan depuis toujours, et chaque été, dans quelque coin qu’on se soit retrouvés, c’était avec la question: « est-ce qu’on va monter sur la Tour de Gaulis, cette fois-ci? » 

Cette fois-ci, ça a été début août 2013. Le problème étant d’acheminer un paquet de nouilles et des bouts de métal dans le coin (le fin fond d’Ordesa), on a décidé de coupler avec l’arête sud de la Soum de Ramond, qui s’est rendue sans coup férir le premier jour dans un froid de canard glacé. Campement sur les pelouses charmantes au cul d’Ordesa, près du col qui permet de repasser vers Añisclo, au bord du torrent où baisent des euproctes pendant une dizaine d’heure chaque jour ensoleillé que Dieu fait. L’arête nord de la Tour de Gaulis regarde en direction du Mont Perdu. On l’a rejointe par une excursion 300m. à l’ouest de sa base, dans le but de gravir au passage une haute et belle falaise toute sillonée de rigoles dans un rocher qui est celui de la base des Sarradets, mais en bien plus beau. Moment magnifique et compact, à se tordre les pieds dans les rigoles, sans poser le moindre coinceur sur une cinquantaine de mètres. Petit surplomb dans la deuxième longueur, et on a remis les tennis. C’est du IV, en prenant la falaise au point le plus bas et en tirant tout droit ça peut se nommer « La vie des bordelaises » (rapport aux cannelés). Le petit névé de base, gelé, n’était pas une mince gymnastique à remonter à coups de pierres.

L’arête nord de la tour de Gaulis se remonte, une fois passés les premiers ressauts débonnaires, en une longueur sur le fil, beaux passages en bon rocher, jusqu’au petit mur surplombant du haut qui est rébarbatif et peut décontenancer le visiteur: IV, sur des réglettes, de droite à gauche. Erwan m’a dit qu’il y avait un gollot à cet endroit, mais je ne l’ai pas vu en passant. Le rappel est équipé (quatre ou cinq spits, pitons, broches..). Comme je déteste ça et que le départ est en fil d’araignée, j’ai eu peur, mais pas assez longtemps pour me gâcher la journée.

Sommet MAGNIFIQUE: plateau incliné parfaitement quelconque, vue inintéressante, aucun papier gras, la preuve que la nullité n’a pas de charme. On peut tirer un vain orgueil d’être monté au doigt de la fausse brèche, qui est visible de partout, mais la Tour de Gaulis présente la déception supplémentaire de n’être identifiée par personne. On ne peut pas prouver sa beauté. On ne peut pas vanter sa situation. Ses cinquante mètres d’escalade ne valent pas le déplacement.  Elle n’est pas un sujet de conversation.

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