Troumouse, Petit Pic blanc, face Ouest: La Rampe

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Une première? Le motif est si évident qu’on a du mal à s’imaginer que personne ne soit passé par là avant nous. La rampe du Petit Pic Blanc se fond dans les parois impossibles qui l’entourent, sous une certaine lumière et quand on les considère depuis le col de la Sède, mais elle est bien visible de la route qui monte à Troumouse et nous c’est en passant au pied des murailles du cirque qu’on l’a remarquée un beau jour de 2008 ou 2009. Et pourtant, aucune trace de passage, pas un vieux piton, pas une cordelette oubliée, pas de fissures dégagées pour la pose d’un coinceur, pas de boîte de conserve, de croûte de fromage, rien. Il est vrai que des grimpeurs plus furtifs que nous ont pu la remonter en 45 minutes sans s’encorder et sans le dire à personne. Si quelqu’un a de la documentation sur le sujet, je prends!

Du parking de Troumouse, on suit le chemin du Col de la Sède. 20 minutes après les lacs des Aires, on le quitte pour gagner par un pierrier la base de la Rampe. Elle traverse sur toute sa hauteur la face Ouest du Petit Pic Blanc, et mène exactement au sommet. Il s’agit d’une dalle interminable qui se redresse graduellement au milieu. Le terrain est comparable au deuxième tiers de la Face nord de la Pène Blanque, en un peu plus facile: II et III, avec des pas de IVinf. L’escalade est exposée: aucun becquet, pratiquement pas de fissures. Dans le haut, on rencontre un ruissellement (bien visible de loin: il forme une ligne noire) qui peut sans doute être gênant s’il est abondant ou verglacé. Aprés 400 métres, on bute sous des surplombs: les contourner au mieux en suivant toujours la ligne générale d’ascension vers la droite: dalles déversées, petits ressauts. Après avoir franchi un petit mur raide, on débouche à droite dans un ravin suspendu (sec): le remonter, en franchissant de droite à gauche un mur noirâtre un peu moins délité qu’il ne le paraît (IV). Un éperon noir de 30 mètres de haut donne accès au sommet. 500 mètres d’escalade, 3-4 heures, ADsup. Coinceurs et friends (micros utiles), 4 pitons utiles (on n’en avait pas). Très jolie ambiance, aérienne, exposée.

Retour à Troumouse: par les crêtes du cirque, au sud vers la Munia et sa voie normale, au nord vers le Gerbats. Le cheminement qui contourne par le sud-ouest le Gerbats est dangereux, je l’ai vérifié cet été: il s’agit de vires malcommodes, couvertes de gravillons, et hyper exposées. Sur la foi d’un topo j’étais passé par là un jour de 1994 ou 95, et au bout de cent mètres, mon camarade du jour et moi on s’était serré la main en se souhaitant bonne chance. Cet été sur l’insistance d’Erwan j’ai réessayé et j’ai à nouveau eu mal à l’estomac, cet endroit me fait tout simplement peur. Il vaut beaucoup mieux passer par le Gerbats: quand on vient du petit Pic Blanc à toute crête, on gagne une vire située juste sous le sommet du Gerbats sur son flanc sud-ouest. Elle mène à un pierrier orienté au nord. Descendre au nord, jusqu’au bord de la barre rocheuse qui traverse dans toute sa largeur la base de la petite face nord du Gerbats. Il y a deux passages, un au milieu de la barre (un ou deux pitons, parfois une corde fixe, III ou IV), et l’autre à l’angle oriental, juste au bord de l’arête qui domine Barroude. Ce dernier passage est le plus facile (II, IIIinf). De là, col de la Sède et chemin jusqu’au Cirque.

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Vignemale, éperon nord de l’Aiguille des Glaciers

 

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Au cours de l’extraordinaire période de beau temps de ce mois d’août, on a cherché l’ombre le long d’une valeur sûre: l’éperon nord de l’Aiguille des Glaciers au Vignemale.

La notice du Guide Ollivier commence par décrire un cheminement compliqué à l’est de l’éperon, avant de suggérer une attaque par l’ouest. C’est ce que nous avons choisi de faire. De ce côté-là, on voit de très loin un gros surplomb jaune en forme de losange: il faudra le rejoindre. A mi-hauteur entre lui et nous au moment d’attaquer, on remarque un dièdre bien régulier, gris et fissuré, auquel amène une veine d’ophite. Remonter cette veine, puis la quitter pour faire relais à gauche sur un excellent becquet sous un mur vertical. Une fissure horizontale à droite amène au pied du dièdre régulier, qu’on ne gravit pas: une nouvelle traversée à gauche amène à la hauteur de ce qui doit être le gendarme « bien visible depuis le chemin du Centenaire » évoqué par Ollivier. On ne le rejoint pas non plus: des fissures s’offrent, raides et en bon rocher, on les remonte et on en sort à droite, pour rejoindre encore à droite un grand dièdre couché que l’on remonte jusqu’au gros surplomb jaune en forme de losange. On le contourne par la gauche: mur vertical, très bonnes prises, un piton bleu. Nouvelle cheminée, nouveau surplomb (ophite), nouveau contournement par la gauche, et on prend pied sur le fil de l’éperon, moins raide sur cent mètres.

Remonter un terrain facile. On laisse un gros surplomb sur la gauche, pour gravir à droite de belles dalles compactes en direction d’une ligne de fissures raides à droite. Gravir ces fissures, deux pitons, puis revenir à gauche pour rejoindre le fil de l’éperon qu’on ne lâche plus jusqu’au sommet de l’Aiguille.

La portion de crête horizontale qui suit réserve des surprises: d’abord, c’est plutôt aérien, ensuite le rocher est fragile (taillantes qui sonnent creux), enfin Ollivier nous annonce un passage « dangereux ». Dieu sait si on en a vu, des rochers pourris, et si je désapprouve les manoeuvres de corde, mais là Erwan est remonté de sa petite désescalade plus loquace que jamais, et on a fait un rappel de 20 ou 30 mètres sur le versant est pour remonter sans problème à la brèche suivante. De là, on gravit sur le fil ou à la droite du fil l’arête qui remonte à l’Epaule de la Pointe Chausenque. Une grosse tour croulante prétend s’interposer: on gravit quelques mètres de front, puis on suit une vire à droite pour remonter sur des talus de clochetons au-dessus.

Voilà qui fait 702 mètres de dénivelé bien employé, le chiffre annoncé est amusant parce qu’il n’est pas du tout évident de déterminer l’endroit exact où finissent les dalles de moraine et où commence l’éperon. Il est vrai qu’à l’époque de la première le Vignemale était un massif enneigé. Le rocher est généralement bon, même très bon quand c’est raide, mais on sent que ce n’est pas la voie la plus fréquentée du massif. Il est fragile sur tout ce qui s’apparente au fil d’un éperon ou à une arête. Le cheminement, très varié, requiert une attention flottante, mais constante. Il ne faut pas sous-estimer la traversée depuis l’Aiguille jusqu’à l’Epaule, c’est grand!

Cette course est plus difficile que l’éperon nord du petit Vignemale, beaucoup plus aventureuse que la face nord classique de la Pique longue, plus facile mais sans doute plus longue que l’éperon Nord Ouest de la Pointe Chausenque, l’ambiance y est originale et sauvage, les montagnes autour sont splendides, bref le seul reproche qu’on peut faire à cette course magnifique une fois qu’on l’a réalisée, c’est qu’elle ne laisse plus qu’un trou à boucher au milieu du versant nord du Vignemale, et que le couloir qui mène à ce trou est un peu plus sec chaque fois que je monte aux Oulettes de Gaube.

On s’est félicités d’avoir pris un but il y a deux ou trois ans Erwan et moi face à l’Aiguille des Glaciers: montés depuis Ossoue avec le matériel de l’intégrale du Marboré, à savoir un seul brin de corde, 5 friends et 4 wall nuts, dans l’idée de parcourir l’autre voie Ollivier (face nord-est), on s’est sentis tout timides devant cette Méditerranée de roches couchées, et on s’est rabattus sur l’éperon du Petit-Vignemale. Armés d’un rappel et d’une panoplie un peu plus complète d’ustensiles, on a quand même moins l’impression de faire n’importe quoi.

Dsup, coinceurs et friends, sangles. Pas pris de pitons. Il ne nous a manqué qu’un cubi de vin à la Villa Meillon. Retour par l’arête du Petit-Vignemale.

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sept 2013: Je viens de découvrir le blog de deux grimpeurs espagnols qui font figurer sur leur croquis de cette voie la cordelette jaune (cordino amarillo) que j’ai posée l’an dernier pour faire le petit rappel à l’est! Ça m’a mis de bonne humeur! Leur croquis est intéressant, parce qu’ils ont évité les filons d’ophite du départ et le dièdre surmonté d’un surplomb jaune que moi j’ai choisis précisément. On n’est pas d’accord sur la qualité du rocher, qu’eux ont jugée mauvaise (roca mala), mais c’est peut-être lié à ces choix de cheminement au départ? En tous cas ils ont aimé l’endroit, puisqu’ils ont fait durer le plaisir jusqu’à 23 h! voici le lien:http://hermanosgalve.blogspot.mx/2013/08/cara-norte-aguja-de-glaciares-vignemale.html

 

 

 

 



Pallas, arête sud-est

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Une fort jolie course, deux heures, tennis aux pieds et sangles sur des blocs. Quelques coinceurs. Il n’y a pas grand chose à rajouter au croquis: je vais donc le paraphraser. On peut attaquer du port du Lavedan, voyez-vous, ou bien au-dessus du premier ressaut, notamment quand on vient d’Espagne comme nous l’avons fait. On aborde un premier ressaut sur le flanc sud, c’est assez raide mais pas difficile, puis on traverse un jardin de petits gendarmes. On marche sur un épaulement jusqu’au grand ressaut, qu’on peut gravir de plusieurs façons. Comme nous on a rejoint à cet endroit deux cordées qui parlaient fort et jetaient des cailloux on a filé à nouveau sur le flanc sud, dans 20 m. de dalles et 20 m de schistes, pour revenir sur le fil de l’arête au pied d’une jolie portion de rocher compact et généreusement fissuré (oui, les deux choses à la fois). C’est étonnant comme des gars qui grimpent plutôt bien peuvent être pénibles en montagne: il y avait ce jour-là sur le Pallas un cinquantenaire sans casque (ça porte malheur) qui parlait tout le temps, cherchait du Vsup et jetait des comètes. Il a suffit à Alexandra de voir voleter un paveton dans le sillage de ce héros pour se mettre à filer dans mon sillage à moi. On a toujours raison de se décaler. Au-dessus d’un beau morceau de granite, qui doit être le passage obligatoire de la course, en IIIsup, on fait son marché dans des formations sympathiques et interchangeables jusqu’au sommet. C’était peut-être une erreur de roupiller à l’ombre du cairn, parce que le jeteur de caillasses a fini par arriver, et qu’il s’est collé à nos basques, littéralement, jusqu’au bas de la cheminée ledormeur, amoureux comme un dogue.

Le lendemain matin, pendant qu’on longeait les lacs d’Arriel j’ai vu passer un oiseau inattendu en vol au-dessus des eaux, dans un beau soleil et dans un air très calme, j’ai eu le temps de m’exclamer « Une huppe! », et Alexandra l’a vue assez bien en un clin d’oeil pour la reconnaître sur une affiche dans les magasins de Sallent de Gállego après le déjeuner. La huppe fasciée donc, fort bel oiseau que j’ai connu en cage dans le marché des sorciers à Casablanca, puis observé trois ou quatre fois sur les bords de la Loire, puis sur une autoroute près de l’étang de Berre, passe les Pyrénées au petit bonheur la chance à n’importe quel moment du mois d’août.



Aiguille de Perramó, traversée.

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Voici deux semaines, on redescendait de l’Aneto, et Erwan en était à sa quatrième caña, quand tout d’un coup il nous a dit: « En 98, on est passés au pied d’aiguilles incroyables dans le massif des Posets! » On a fourré une corde, six mousquetons, trois friends et six wall nuts dans un sac, et on est montés bivouaquer dans le vallon de Bastisiella, avec le projet excitant de parcourir un tas d’arêtes schisteuses. La surprise fut de taille: pas le moindre bout de schiste ou de gravillon quand le soleil fut venu, mais tout simplement le meilleur granite du monde disposé en grandes dalles parcourues de fines fissures. Bientôt des photos. On y est comme des cigales aux relais sur le tronc d’un sapin, et comme des fourmis dans les longueurs, toutes pattes adhérées au rocher.  

On attaque tout à fait en bas de l’éperon nord (nord-est) de l’aiguille de Perramó: la course est faite de temps en temps, et il y a un cairn au départ. On trouvera deux pitons dans la voie, et des sangles autour des petis sapins. N’en rajoutez pas. Le cheminement que j’ai suivi n’est sans doute pas toujours le plus facile, mais il est direct et logique. La première longueur, par exemple,  est sans doute plus facile à droite de l’éperon. On a fait des longueurs de 35-40 mètres, parce qu’on était trois sur un seul brin de 50m. 

Gravir, juste à gauche de l’éperon, une fissure formant un léger dièdre en bas, et que décore un bloc surplombant au milieu. Quand elle rejoint le fil de l’éperon, atteindre à droite un petit sapin pour le relais. Gravir à droite un joli dièdre, puis un autre plus court, surmonter un petit mur difficile et relayer à l’ombre d’un autre petit pin. Remonter une fissure double jusqu’à une grotte ombreuse et fraîche. En sortir à gauche, passage un peu surplombant, puis par une dülfer exposée gagner la pointe du premier ressaut. Traverser la crête horizontale jusqu’au ressaut suivant. Gagner un petit pin par une cheminée. La dalle au-dessus est ornée de fines fissures: gravir celle de droite, puis après vingt mètres gagner une autre fissure qui part vers la gauche. Relais sur une bonne vire. En sortir à gauche, suivre une fissure, et puis gravir une cheminée puis une dalle lichéneuse (difficile), ou (plus commode) un très beau petit dièdre à gauche du fil de l’éperon. Une brèche, une dalle, quelques ressauts à contourner, une autre brèche qui est le point d’arrivée d’un dièdre impressionnant de la face ouest (nord-ouest), et on rejoint le dernier élan de l’aiguille: gravir des corniches, puis une lignes de cheminées qui passe par un petit sapin. 

On descend de la première pointe directement au sud sur trente mètres, après quoi on oblique à gauche (est) pour reprendre un système de vires qui amène à la brèche au pied de la deuxième pointe. Celle-ci se gravit directement par un petit dièdre clair à droite et des rochers fracturés. Descendre à toute crête, et par un crochet à gauche atteindre la brèche suivante. On atteint le sommet principal en louvoyant dans un large ressaut couché et herbeux. On descend de là vers le sud pour rejoindre un vallon à gauche ou un autre à droite, qui tous deux amèneront à la vallée d’Estós.

 Voici une course magnifique, D ou TD, sur un rocher très sûr et où tous les passages sont très beaux, III et IV et V. Dans le florilège des bonnes surprises, cette course rencontrée par hasard nous a particulièrement ravis. Comme je l’ai dit plus haut, on n’était pas du tout partis pour ce genre d’escalade, et j’ai grimpé le baudrier léger et en laissant deux ou trois points dans les longueurs – d’autant plus qu’en haut du premier ressaut j’avais bricolé un petit renvoi pour garantir la corde du frottement avec une cordelette et deux mousquetons, et qu’on a oublié ces objets sur place. Quand c’était un peu difficile, notamment dans le grand ressaut en dalle, j’ai mis des points que je récupérais au fur et à mesure en redescendant quelques mètres. Finalement il y avait des prises partout et l’escalade était toujours très précise et sûre. 

On a bivouaqué dans l’herbe à vingt minutes de l’attaque, et le lendemain on est allés se promener sur la crète Pavots-Espadas-Posets. On y a rencontré la plus jolie polonaise du monde et son bon ami Piotr, et on a été bien inspirés de ne pas les encorder pour leur faciliter le parcours de la crète qui impressionnait beaucoup la demoiselle, parce qu’on a entendu dix minutes après les avoir quittés et leur avoir recommandé de descendre le premiers grondement d’un orage qui nous a divertis de quatorze à 19 heures ce jour-là, avec grêle et regrêle et torrents dans les sentes. Erwan qui désirait depuis le jour de sa naissance parcourir ces arêtes et Jean-Christophe à qui on avait abondamment rebattu les oreilles de la merveilleuse beauté du massif des Posets n’ont pas vu grand chose d’un parcours effectué en courant dans les nuages. Pour moi, qui étais redescendu par là en 95 ou 96 avec un assez gros sac et un très fort vent d’ouest, j’ai eu le plaisir de reconnaître certaines dispositions rocheuses qui m’avaient laissé un souvenir aérien. J’avais le diable au corps (et les Cervin de Koflach aux pieds) en cette fin de siècle dernier, parce que j’étais redescendu à Viados depuis le col des Pavots. Excellent exercice de pierriers en ardoise et d’usure de la paume des mains au fond de ravins. 

Pour en revenir à l’aiguille de Perramó: des forcenés ont spité le bord droit des dalles du grand ressaut, à dix mètres d’un cheminement parfaitement logique et qui se protège à merveille au wall nut. On ne voit ces aspects de la misère humaine qu’à un court moment, mais je n’ai pas pu m’empêcher de me moquer méchamment des auteurs de cette absurdité et je ne repense pas à ces belles aiguilles sans concevoir un peu de mépris à leur égard. Le relais que j’ai vu était spité à côté d’une fissure ossaloise! Je prèfère les polonaises terrifiées dans du I sup à des grimpeurs de 6b qui ne trouvent rien de mieux à faire que spiter un matin d’ennui une dalle lichéneuse, ô combien!



Mont perdu, Eperon des Esparrets

esparretsperoncopycopy.jpgesparrets.jpgLe versant Nord-est du Mont Perdu, enfin tout ce qui se trouve à l’est du Col Oriental, est une splendeur, c’est à dire un vaste tas de cailloux et de névés sales et peu fréquentés. « C’est vrai que j’ai eu la chance…  » (comme on dit à la télé quand on aborde le domaine de l’intime sans que personne ne l’ait demandé)  de parcourir à plusieurs reprises ce versant, après qu’une première fois, en 1993, j’avais mis le nez sur le Col Oriental, et gravi le Mont Perdu par là (faisant connaissance avec le dernier pas casse-gueule de l’Eperon des Esparrets) : en 1995 à la redescente de la Face nord, on est passés par là pour rallonger la sauce. En 1998 lors de la Traversée des Pyrénées avec Erwan (une traversée qui est passée par tous les coins infréquentables de la chaîne entre Gavarnie et le Vallier). En 2003 à la recherche de l’éperon des Esparrets, en 2005 lors de l’ascension de cet éperon, en 2007 un jour que je venais de Gourette et du Vignemale et qu’il m’était passé par la tête de gravir les deux monticules  recensés dans le livre sur les « 3000 pyrénéens », et qui sont au nord de la Soum de Ramond, et qui sont assez dangereux. En 2008 encore avec Erwan, au cours d’une journée intéressante: ayant dormi en contrebas de la Tour de Gaulis, on a commencé par monter nos gros sacs à la Punta de la Olas, avant de les poser au col de Niscle. De là, on est partis en short et tee-shirt visiter pendant quelques heures (il faut un peu de temps…) les Tres Marías. retour aux sacs, et redescente en faisant prudemment la course jusqu’au plateau de Tuquerouye, par la petite cheminée qui est à l’angle nord-est des Esparrets, qu’on commence à bien connaître, et remontée au col des Astazous, et descente à l’Hôtel du Cirque à Gavarnie. On avait des sacs pas mal lourds et ç’a a été fatigant, mais le lendemain il a fallu que je grimpe aux Sarradets. Bref.

Bref: j’ai plus d’une fois remarqué que le but en montagne a moins à voir avec le climat qu’avec la forme. Quand on a buté au pied de cet éperon en 2003, il faisait un grand soleil, et UN SEUL petit nuage tout blanc stationnait au-dessus de la Soum de Ramond. On a décidé qu’il allait y avoir de l’orage et on a rebroussé chemin. Ce qui est une idiotie si l’on veut, parce que l’approche de cette course est plus pénible que la course elle-même. Bon, on avait accumulé une certaine fatigue, et le soleil tapait trop fort.

Mais deux ans plus tard, on a fait la course littéralement sous l’orage: venant de la Maladetta, il nous avait fallu la journée entière pour faire la liaison (journée consacrée à la recherche d’une tente dans tous les magasins de Pau entre autres), et on avait découvert dans l’obscurité complète la forme de cette tente neuve à minuit sur le plateau de Tuquerouye. Le lendemain matin, on a caché les affaires sous un bloc et on est partis sous les nuages. À l’attaque, pluie fine de gouttes et grêle de blocs envoyés par Erwan sur moi pieds nus dans la cheminée. Un peu avant le petit rappel, première giboulée brève. Dans le grand dièdre en IV et V: deuxième giboulée. Sur la taillante: soleil dont on se serait bien passés, parce que c’est très aérien tout autour et en dessous. Ce petit rayon m’a permis de constater à quel point le choix des ouvreurs (Ravier) a été judicieux: les éperons parallèles, à ce niveau-là, paraissent parfaitement croulants, notamment un éperon gris au sud. 

Au col oriental: re-gouttes, puis dans le passage de la barre qui donne accès aux pentes sommitales du Mont Perdu, gros orage de grêle. On s’est pelotonnés contre une barre rocheuse pendant une heure et demie d’éclairs, protégés par des sortes de sacs poubelles en forme de capes que j’avais achetés aux arènes, à Mexico, sous un climat équivalent. Au sommet: Grand Soleil et solitude complète. À partir du Col du Cylindre, à la redescente, et pendant les 36 heures qui suivirent, le temps fut occupé par la chute de huit millions d’hectolitres d’eau fraîche et légère par millimètre carré. Quand on est ressortis de la tente, après deux nuits et un jour à dormir et manger et s’ankyloser dessous, ça a été pour monter au pied de la face Est du Cylindre et décider qu’on n’y monterait pas : il faisait un froid de canard. Si on m’avait dit qu’il faudrait gravir cette paroi sous un soleil épouvantable sept ans plus tard, j’aurais été bien surpris. Il me semble en tous cas que c’est ce jour-là qu’on a gravi le Doigt du Mont Perdu, puis couru au sud du sommet vers la Tour de Gaulis, puis qu’on est rentrés aux Gloriettes mourir de faim dans une vallée où tout était fermé, restaurants compris.

C’est ainsi que derrière les petits schémas que l’on trace à propos des voies d’escalade se taisent (ou pas, comme ici) des situations retorses, des coups de sang, des renoncements, des recommencements, toute un potage d’existence aventureuse qui nous fait aimer au-dessus de tout le parcours de ces itinéraires pleins d’herbe ou de boue noire de la chaîne pyrénéenne.

On atteint le pied de l’éperon des Esparrets, depuis Tuquerouye, en franchissant le torrent qui draine le pied de la face nord du Mont Perdu. Au pied des murailles nord des Esparrets, on suit jusqu’au bout un balcon de pierrailles qui franchit l’angle nord-est de ces murailles. On passe sous une grande dalle accolée, et un peu plus loin on se trouve en haut d’une cheminée ouverte à l’est. Il y a un ou deux pitons (rappel possible): mais ça se désescalade très bien, 20m. dans la cheminée, puis on en sort par la gauche (rive gauche, 1 piton) pour trouver une autre cheminée parallèle (cette autre cheminée peut se parcourir depuis le haut mais elle est plus délicate, avec des blocs coincés). On remonte ensuite des pentes herbeuses vers l’éperon qui nous intéresse, qui est flanqué d’une grande plaque noire à la base. Il y a un emplacement de bivouac (murettes) cent mètres sous l’attaque, on doit pouvoir le rejoindre depuis Pineta. 

On commence l’escalade à gauche de cette plaque, dans une cheminée bien marquée que l’on suit vers la droite. Au-dessus, des gradins, des dalles, un peu de tout, mènent vers la gauche au fil de l’éperon qu’on suit constamment jusqu’à un ressaut lisse et en excellent rocher qu’on gravit sur le fil. Un petit rappel (8m) conduit à une brèche. 

Atteindre et remonter une fissure-cheminée à droite, franchir un gros bloc coincé (V), et tirer vers la gauche pour entrer dans un grand dièdre régulier, raide et en très bon rocher. On ne suit pas ce dièdre jusqu’en haut, mais on le quitte pour relayer sur une excellente terrasse à gauche. Au-dessus, continuer sur le fil de l’éperon jusqu’à la taillante spectaculaire qui marque la fin des difficultés: passage très aérien, peu difficile (on n’a pas osé se tenir debout – on appréciera toutefois la connaissance parfaite qu’a Erwan des classiques de l’édition pyrénéenne, puisqu’il mime, sur notre photo, la position d’un des grimpeurs de l’ouverture dans celle des Cent plus belles). Une cheminée conduit aux épaulements des Esparrets. On peut se décorder jusqu’au col Oriental. 

On franchit une barre rocheuse en attaquant à gauche et un peu en contrebas du Col Oriental, par une fissure diagonale. On franchit au mieux le mur raide au-dessus, puis un autre, et on peut à nouveau ranger la corde pour parcourir les épaulements orientaux du Mont Perdu.

D (Dsup?), quelques coinceurs et friends. Pitons inutiles. 

 

 



Forcanada, Dièdre nord, Voie Ravier

forcanadadn.jpgpyrnes2008058.jpgpyrnes2008061.jpgpyrnes2008065.jpgUn beau soir, à Gavarnie, nous avons découvert que nous pouvions gravir des voies TDinf. Donc, nous sommes partis pour la Forcanada. C’était en 2001, nous avions au moins 3 friends et près de 48 wall nuts, que nous n’emmenions pas tous avec nous en montagne. On traînait encore un excentrique dans une sangle. Et quelques pitons.

On attaque par un socle peu raide, c’est à peu près le point le plus bas de la paroi, pour se retrouver au pied d’un petit mur. Ce petit mur gravi, on trouve à droite un dièdre de 10 mètres. Ce dièdre surmonté, on trouve encore à droite une cheminée en IVsup et très bon rocher qui nous amène au crux. Héoui! Déjà! Le crux est une rampe raide en rocher noir, juchée sur une dalle bombée qui vous jette dans un vide affriolant. La rampe est tapissée de cristaux blancs et lisses, et de mousse verte et grasse. On peut attraper au-dessus une veine parallèle qui fait « cloc-cloc » quand on la sollicite. Il y a un piton à douze mètres: j’y ai attaché mon sac à dos, pour mon cher Erwan de second. La rampe surmontée, on fera bien de se concentrer sur la plaque arrondie et compacte qui fait suite. Et hop! On est dans le dièdre.

Le dièdre se remonte à grands coups de grandes longueurs, ou de corde tendue. Arrivé en haut, il reste un bon morceau d’arête à parcourir jusqu’au sommet. Il y a des passages un peu délicats. C’est aérien sur le fil, et très beau sur une des plus jolies montagnes des Pyrénées.

On a eu un frémissement ce jour-là le matin. On avait dormi au déversoir du lac. On buvait de l’eau chaude, quand tout à coup je dis à Erwan: « regarde, des pêcheurs! » Deux gars montaient vers nous, cent mètres de corde jaune et rouge autour du torse. Erwan a vite corrigé: « Des pêcheurs? imbécile! Grouille-toi, ils vont nous envoyer des pierres sur la tête toute la journée. »

On a caché nos affaires sous les blocs, on a fait le tour du lac en vitesse et attaqué plus à droite que nos amis les pêcheurs. On s’est retrouvés ensemble aux 4 ou 5 premiers relais. On était émerveillés de la quantité d’objets colorés qui pendaient à leurs baudriers. On n’avait jamais vu de micro friends, et là il y avait tout le rayon du magasin de Bénasque (je l’ai su depuis). C’étaient des catalans. Leur topo indiquait des pas de A1 et A2. Celui des « Cent plus belles » indiquait du VI. Il est dommage que dans les éditions récentes cette belle voie ait été remplacée par une falaise de 500m située au-dessus d’une route.

Je n’ai pas trop lambiné dans le crux, et Erwan m’a rejoint à grands coups de reins avec ses deux sacs, un sur le dos, un mousquetonné entre les jambes. On a entendu les pêcheurs pitonner en contrebas, et on ne les a pas revus de la journée. Le retour du sommet est long, il faut filer vers le sud, rejoindre un col que l’on franchit vers l’ouest, et revenir au nord vers le bas de la paroi et le petit lac charmant. Il faisait nuit quand on a revu nos pêcheurs descendre assoiffés, silencieux, contents comme tout, comme nous et comme tous ceux qui montent sur la Forcanada.

Une fois que je cherchais des oiseaux du côté du port de Vénasque, j’ai pris quelques photos de la belle aiguille bicéphale. L’une de ces photos est prise en visant au par l’un des orifices de ces petites jumelles. On y voit très bien la partie supérieure du dièdre, et son inclinaison véritable, et on apprécie bien la petite crète qui reste à parcourir depuis la sortie jusqu’au sommet.




EB, JCL. AD. OD.

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JCL, EB. La veille, ils sentent toujours venir le coup fourré. Ils savent que les fissures seront mal fichues et que les cailloutis siffleront à leurs oreilles. Ils savent qu’on mourra de soif. Ils le savent, parce qu’ils ont un instinct très sûr. Le malheur pour eux est qu’ils le suivent moins souvent que moi.

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AD. Elle aime deux choses: se lever à l’aube et son bonnet rouge. La phrase que vous venez de lire contient un mensonge. Lequel?

 

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OD dans la mire d’AD. Voit-elle ce que voient ses lunettes? J’ai moi aussi un bonnet rouge.

 



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