Vignemale, arête de Gaube par l’éperon de schistes

vignemalearetedegaube.jpgLa première fois qu’on a mis le pied sur la face nord de la Pique longue du Vignemale, Erwan et moi, en 1996 je crois, on a eu peur au bout de quarante mètres parce qu’il y avait de gros nuages dans la vallée de Gaube: donc au bout de la première longueur on a tiré un rappel. On avait pourtant consacré de l’énergie à arriver là, parce que la rimaye était très ouverte, et que pour atteindre le filon d’ophite on s’est livrés à l’acrobatie suivante: relais sur champignon de neige; E. m’assure à l’épaule pendant que je désescalade le pan sculpté et vertical de la rimaye sur douze mètres. Une fois que j’ai pu atteindre le rocher, je remonte jusqu’au niveau de la neige. 20 minutes pour parcourir 6 mètres à l’horizontale, qui dit mieux? le plus drôle a été ensuite de me pendre à un piton qui se trouvait là pour changer de chaussures, sans rien laisser tomber. On ne parlait pas encore de réchauffement climatique en ce temps-là, mais je dois dire que si on m’avait proposé de remplacer tous ces emmerdements par un bon tas de graviers ensoleillés, à ce moment précis, j’aurais voté pour la bombe.  Notre situation serait devenue encore plus amusante si E m’avait rejoint en tyrolienne et qu’on s’était retrouvés pendus là comme des Big Walleurs des années 50 à nous cailler les miches (il avait plu et neigeoté pendant les trois journées précédentes, et tout était humide et froid). On n’était pas malins, mais on a réfléchi qu’il valait mieux qu’il m’assurât d’où il était, les fesses dans la neige. Donc en une heure et demie à peu près, on était parvenus à nous retrouver au premier relais, et quatre nuages avaient fait leur apparition, et on prenait la direction du bas.

Pas pour longtemps: J’ai souvent observé qu’une fois revenu sur des pentes douces, le climat s’améliore. Ça a été le cas. On n’était pas au bas du glacier des Oulettes qu’il y avait du soleil, et qu’on avait à nouveau envie de monter. Alors? Alors on a découvert l’éperon de schistes. On a cherché le plus court chemin pour rejoindre l’arête de Gaube, et ça a consisté d’abord à louvoyer sur les banquettes neigeuses au bas de la face nord (en particulier sur un névé de huit centimètres d’épaisseur sur cinquante mètres de long, qui faisait un bruit de carton sous les pas).

Ce que j’appelle l’éperon de schistes n’est pas du tout l’éperon de Gaube, qui est à l’extrémité ouest de la face nord en bon calcaire et reçoit deux voies difficiles: c’est encore un peu plus à l’ouest, comme dirait Tournesol, et c’est en schistes. Et on n’est pas obligé de passer par le filon d’ophite de la face nord pour y accéder: des oulettes de Gaube, s’inspirer du tracé en pointillé de mon petit croquis pour en rejoindre la base.

Des oulettes de Gaube, au lieu de prendre le sentier du col des mulets, se diriger directement vers la base de l’éperon. Herbes, névés, pierrier et des affleurements rocheux, puis quelques grandes lames de calcaire métamorphisé fort agréables à remonter. L’escalade est en II et III. On ne s’est pas encordés. A l’approche de l’arête de Gaube, on peut tirer vers la gauche dans une sorte de petit cirque pas raide. Ce n’est pas désagréable d’éviter ainsi le début de l’arête de Gaube, qui est un épaulement arrondi (je l’ai su depuis), et c’est plus rapide et plus sauvage et plus amusant que le cheminement classique. En plus c’est gratuit, donc n’hésitez pas!

On parcourt ensuite l’arête de Gaube comme tout le monde: pas de difficulté jusqu’à la base du fronton terminal, sauf pour le franchissement d’une brèche (III). Au bas du fronton terminal, on remonte d’abord une dalle lisse, puis on contourne un surplomb par la gauche, puis on gravit une sorte d’écaille ou de grosse fissure, puis on arrive dans une zone couchée au pied d’une paroi raide : virer à droite pour contourner cette zone, pour atteindre une petite brèche. Derrière la brèche, un couloir facile orienté à l’ouest et des éboulis mènent au sommet.

On ne savait pas tout ça, donc j’ai remonté tout droit la paroi raide de la fin. Comme on s’était trouvé des compagnons en chemin, j’ai grimpé ce mur en tennis, leur corde autour de la taille, avec mon gros sac sur le dos, et deux hexagonaux dans la poche. J’étais à dix mètres du relais quand je me suis rendu compte de ma témérité. Fort heureusement, il y avait un bon piton à 15 mètres. Je m’en suis bien sorti, et comme petit cadeau j’ai pu sucer du verglas dans l’espèce de petit surplomb final.

En 2001, quand on s’est trouvés à nouveau là Erwan et moi, au sortir de la face nord, on ne savait toujours pas que ce mur pouvait s’éviter par la droite, et c’est lui qui s’y est collé: comme il aime bien me faire rire il a ôté les chaussons et remis les tennis.

 PS: L’été 2012, comme je regardais les parois qui m’entouraient depuis les relais de l’aiguille des glaciers, il m’est apparu que le trait pointillé que j’ai tracé sur le croquis de l’ascension du Vignemale par ce que j’appelle l’éperon de schiste passe allègrement sur un socle de granite pas très fréquentable. Il faut soit faire un crochet à gauche tout à fait à la base du pilier de Gaube, soit accéder à l’éperon de schistes depuis le chemin du col de la Sède, qu’on abandonnerait au bout de cent ou deux cents mètres (de dénivelé).



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