Vignemale, Pique Longue, face nord classique

vignemale, face nord classiqueJe viens de me souvenir d’une conversation amusante que j’ai eue avec Erwan le jour où on gravissait l’éperon nord de l’aiguille des Glaciers: on ne s’était pas levés trop tard ce jour-là, mais quand on a commencé à marcher, on a pu s’intéresser à l’existence de deux petits points noirs qui se promenaient déjà sur la moraine en direction de la face nord classique. Le temps qu’on négocie une petite barre rocheuse en marbre poli, et les points avaient disparu! Quelques instants plus tard, pendant que je grimpais la première longueur, j’ai entendu des clameurs qui provenaient du glacier de Gaube, vers lequel j’ai tourné plusieurs fois la tête, mais sans rien voir. Une longueur plus haut, je me suis diverti en observant les évolutions de deux grimpeurs sans crampons ni piolets dans la rimaye de la face nord, vraiment bien divertissantes parce que la neige avait bien gelé ce matin-là. Erwan, qui s’occupe généralement de tout ce qu’on veut en montagne, sauf de lever la tête vers le grimpeur chargé de trouver un relais en bout de corde, s’est fait un plaisir de me détailler, en me rejoignant, les aventures de cette cordée qui venait de progresser sous le glacier pour reparaître dans la rimaye du côté de l’attaque de l’éperon nord. Notre conversation amusante a eu pour sujet l’existence d’une nouvelle discipline alpinistique, qui consisterait à remonter les glaciers par-dessous, et la nécessité où l’on se trouvait, dans un monde en perpétuel changement, de s’abonner à des magazines spécialisés pour ne pas tomber des nues comme on était en train de le faire à la découverte des nouveaux comportements en vogue.

La présence d’un tunnel sous le glacier – et son utilisation – m’ont été confirmées par un grimpeur très sérieux cet été, donc je la mentionne. Malheureusement, ce tunnel ne mène pas (pas encore…) au filon d’ophite de l’attaque de la face nord classique, et emporter une paire de crampons pour l’approche reste une bonne option: car suivre une rimaye gelée sur plus de cent mètres par des mouvements d’opposition de bon matin, c’est amusant, mais c’est un coup à se couvrir de bleus et d’éraflures, et si on a prévu de faire le beau sur les côtes landaises en fin d’après-midi, la chose présente des inconvénients.

J’ai gravi deux fois la face nord de la Pique Longue. La première fois, en 2001, avec Erwan, on a réalisé l’enchaînement suivant: 1er jour: dièdre nord de la Forcanada. 2ème jour: liaison en voiture, montée à Gaube. 3ème jour: éperon Nord-ouest de la Pointe Chausenque. 4ème jour: face nord de la Pique Longue. Pourquoi une telle rage? On venait de découvrir sur la Castagné-Vergez qu’il nous était possible de gravir des longueurs de V et de sortir victorieux d’une cotation TD, alors on a décidé de régler immédiatement des comptes avec quelques motifs qui nous excitaient terriblement. Ce ne furent pas à proprement parler des journées d’initiation, parce qu’on avait dans les années 90 parcouru plusieurs dizaines de kilomètres d’arêtes de toutes sortes et de paroitelettes en AD ou D, et nous en étions ressortis vivants et avec les pieds très sûrs, mais ce furent quatre jours employés à changer de dimensions, ça oui. Voici sans fausse honte quelques péripéties sur cette « reine des pyrénées dans cette difficulté, incontournable » (dixit Passages Pyrénéens, si ma mémoire est bonne).

En 1996, on avait déjà attaqué la voie, mais la présence d’un train de nuages en vallée de Gaube nous avait décidés à faire demi-tour. Il avait pourtant fallu quelques efforts pour atteindre ce premier relais, puisque la rimaye très ouverte ne permettait pas de toucher le rocher: j’ai fait champignon de neige, rappel de 12 mètres dans la rimaye, relais suspendu 5 mètres au-dessus du niveau du glacier, équipement à la va comme je te pousse suspendu n’importe comment, et escalade en grelottant de la première longueur.

En 2001, la neige touchait le rocher, et c’est Erwan qui a attaqué. Comme on ignorait en ce temps-là l’art de la progression corde tendue en posant des points, on a sagement fait des longueurs en réversible. Cette façon de procéder n’est pas forcément lente, mais le réversible, que nous avons pratiquement abandonné aujourd’hui, présente avec Erwan un inconvénient: il m’accueille toujours au relais par ces mots: « j’ai bien observé le terrain, c’est par ici à gauche, etc ,etc. » Moi qui viens de grimper à la vitesse de l’essoufflement 50m en second, je repars en tête sans trouver le temps de réfléchir vers la cheminée quelconque qu’il m’indique, l’éperon suspendu caractéristique, la fissure mouillée du topo, la dalle d’inclinaison variable, et je débouche plus souvent qu’à mon tour sur les capacités de fourvoiement de mon compagnon de cordée. Ce jour-là, trouvant sans doute qu’après quatre longueurs le terrain se couchait trop, et qu’un vague rocher au-dessus devait être la base de l’arête intermédiaire, il m’a envoyé vers la gauche. J’ai fait relais au pied d’une dalle qu’il n’a pas osé franchir, et je me suis collé une longueur que je crois encore avoir été l’une des plus incertaines de toutes celles que j’ai pu tirer. Très raide, sur un rocher pas très bon, pas bien protégeable, avec un final dans des blocs surplombants pas très bien agencés. Chaque fois que je dévisage une photo du massif, mes regards se reportent à cet endroit qu’une discète coulée noire ne signale qu’à ma seule curiosité. Je n’ai pas eu peur, car je ne grimpe pas pour le plaisir d’avoir peur, mais j’ai été très concentré, et passablement furieux sur plusieurs dizaines de mètres. J’ai débouché assez près de l’arête intermédiaire, dans un confortable cirque blanchâtre, dans l’axe du filon d’ophite qui permet d’atteindre le fil de l’arête. Il y avait là, seule, incongrue, une grosse plaquette en aluminium de l’UCPA, vissée à mort.

La suite a déroulé sans problème, je me suis juste ingénié à truquer les longueurs de corde dans le but d’envoyer mon compagnon dans l’un ou l’autre des crux en IVsup qui sont signalés par De Bellefon dans les 100 plus belles, sans y parvenir, bien évidemment. Tout énervement évacué, on a atteint les schistes rouges où aucune nécessité de perforation spitifiante ne sautait au visage de l’excursionniste (qui, je veux dire quel tourneur-fraiseur contrarié, a amené une perceuse à cet endroit entre 2001 et 2009?). En débouchant sur l’arête de gaube, je me suis rendu compte qu’on avait dû attaquer tard et ne pas aller vite, et grimper comme des somnambules fatigués, parce que le soleil, jaune d’or, aveuglant, était à la hauteur de mon épaule. Ça avait été une journée magnifique, dont il est vrai qu’on a pu en passer la moitié à contempler l’éperon de la Pointe Chausenque qu’on avait parcourue la veille. On ne savait pas qu’un petit crochet à droite permettait d’éviter le dernier mur sous le sommet de la Pique Longue, et Erwan qui cachait des réserves se l’est envoyé fort joliment. Il ne faisait pas tout à fait nuit quand on est arrivés à la tente entre les blocs de la Villa Meillon, et on a été contents de retrouver étalé sur le sol, dans le désordre dont des pyrénéistes pas éveillés ont le secret, tout ce qui nous avait manqué dans la journée: deux pulls, une gourde, un marteau, et l’appareil photo. Mais peu importe que nous n’ayons pas pris de photos ce jour-là, car les deux pellicules de notre enchaînement de 2100m d’escalade en 4 jours ont été posées sur le toit de la voiture au Pont d’Espagne par mon compagnon destiné à ne jamais en manquer une, et qu’elle doivent toujours s’y trouver depuis le démarrage.

 

En 2007 ou 2008 je suis venu à Gaube avec Jean-Christophe et un fort désir de grimper avec lui cette belle voie, mais il a plu le premier jour et plu le deuxième. Jean-Christophe a découvert le yoga dans l’herbe détrempée des Oulettes le premier jour, et moi une petite variante à l’éperon nord du Petit Vignemale le deuxième. Ce n’est que le troisième jour que jean-Christophe a vu les parois du Vignemale, pour la première fois de sa vie, dans un lever de soleil pimpant, anticyclonique et pur. Mais alors là il les a VUES et il n’a plus parlé que de ça pendant un an. Donc l’année suivante, alors que moi j’avais, bizarrement, moins envie y retourner, on s’est à nouveau retrouvés à Gaube.

2008 ou 2009 donc.. Quand j’ai allumé le réchaud et passé la tête à la porte de la tente, j’ai vu deux petites lampes qui étaient déjà sur le glacier, à quelques pas du filon d’ophite. Deux heures plus tard, alors que j’étais déjà dans la deuxième longueur, j’ai entendu d’horribles hurlements, accompagnés de coups sourds. J’ai vu passer quelques blocs de taille moyenne, puis j’ai attendu patiemment que les corps suivent, car les hurlements continuaient et je ne doutais pas que la cordée qui nous précédait était en train de dévaler. Mais rien: même les hurlements cessèrent. On est repartis corde tendue, et là on est allés plus vite qu’en 2001 (et sans se tromper bêtement de cheminement!), mais j’ai trouvé ça fatigant. J’ai vu deux stars du pyrénéisme progresser avec cinquante mètres entre eux et le ou les seconds, en posant des points tous les 15-25 mètres, alors parfois je fais pareil, mais ce jour-là au Vignemale j’ai trouvé que l’inclinaison de la paroi est si moyenne que le frottement de la double corde sur toute cette longueur, c’était pour moi comme tirer un arbre. Arrivés à l’arête intermédiaire j’ai réduit la longueur et refilé une partie de mon sac à JCL, et ça allait mieux. On a rejoint la cordée qui nous précédait, et j’ai compris que j’avais affaire à un jeune guide aragonais et son client catalan, un homme d’une cinquantaine d’année et d’une grossièreté effrayante. C’est lui qui avait hurlé le matin, pour nous annoncer la chute des quelques blocs que j’avais vu passer, mais il l’avait fait d’une façon inouïe. Très énergique, il ne s’exprimait qu’en criant, même quand on était à un mètre de lui, et des blocs, il en faisait tomber tous les trente mouvements. Nous avons prudemment fait une pause, afin de sortir sur l’arête de Gaube sans les avoir au-dessus de nos têtes.

Manque de bol, on les a encore rattrapés sur l’arête de Gaube, et j’ai eu droit à de nouvelles vociférations de la part du client, pleines de sollicitude au demeurant: il cherchait à m’indiquer la présence d’une cordelette à un endroit où il n’y en avait pas, et où au demeurant je n’en cherchais pas. Excédé par ce bonhomme et assez excité à l’idée de coiffer au poteau un guide parti avec tant d’avance sur moi dans une voie comme celle-là, j’ai tiré mon Jean-Christophe vers le petit crochet à droite qui permet d’accéder facilement au sommet, et on a eu le temps de se mettre pieds nus avant leur arrivée.

Magnifique itinéraire, merci Henri Barrio. On avait emmené quelques pitons en 2001, mais sans en mettre (alors qu’on en avait posé deux ou trois à la Pointe Chausenque la veille). Avec jean-Christophe, je n’avais que des coinceurs et friends. Il y a des pitons plus ou moins en bon état un peu partout en place. J’ai grimpé les deux fois en chaussons, avec la même paire de chaussons confortables. On est au soleil toute la matinée, parce que c’est une face nord très orientée à l’est. J’ai toujours fait l’approche avec des crampons et un piolet pour deux.

 



Laisser un commentaire

CHEZERY MULTISPORTS |
MULTIBOXING |
karatedo |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | admingrimptout
| Périers Sports Football
| ASSOCIATION TAEKWONDO CLUB ...